L'anti-Sciences-pot.
On peut ne pas être d'accord avec les prises de position marxistes de Michel Clouscard qui, parfois, sans qu'il s'en rende compte nécessairement, parsèment son analyse ; par exemple, il réduit le réel aux rapports de production. Les travaux de Jean-Pierre Dupuy ou de Dumouchel ont révélé que cette analyse (comme l'analyse dite "libérale") était insuffisante, raison pour laquelle, sans doute, un Michéa semble moins frénétique (et donc plus redoutable), parce qu'il est marxien, non pas marxiste.
En vérité, très rarement, Clouscard se révèle dans ses prises de position, excepté dans le cas de la contraception. Quoi qu'il en soit, on reste sidéré par l'extra-lucidité de sa dé-monstration, laquelle confine au vertige, voire à l'asphyxie. On réclame de l'air devant ce qu'il nous montre de cette civilisation libérale dont la zone d'ombre restera sans doute Sade : le cynisme intégral.
Rien de plus dangereux que de refuser la morale : cette position idéologique est la pire, elle détruit tout. Elle fait les mous et justifie tous les crimes, jusqu'à l'absurde. Ainsi comprenons-nous que les valeurs transgressives de la gauche servent d'alibi moral aux valeurs de la droite financière et fonctionnent comme deux mandibules ; on pense à la phrase de Vautrin alias Trompe-la-mort, désireux de partir aux Etats-Unis dans
Le Père Goriot et qui rappelle à Rastignac une loi fondamentale du libéralisme naissant : "Il faut vous manger les uns les autres comme des araignées dans un pot, attendu qu'il n'y a pas cinquante mille bonnes places. "
Ce livre est terrifiant.