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13 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Daté et instructif,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Carnet d'or (Poche)
Rédiger une critique de cet ouvrage est difficile vu la complexité du livre et des réactions qu'il suscite en moi...Pour commencer, le thème et la structure très particulière de ce roman. Londres dans les années 50. Le personnage central est Anna, que nous accompagnons à travers un récit fait par un narrateur externe dans lequel s'intercale les carnets où Anna consigne ses souvenirs et ses expériences, chaque carnet étant réservé à un aspect de sa vie. La plus proche amie d'Anna est Molly avec laquelle elle partage une maison (pendant un temps), le statut de communiste plus ou moins repenti, de féministe ou femme « libérée », de mère divorcée (un grand fils pour Molly et une petite fille pour Anna), le métier d'artiste (comédienne pour Molly, écrivain d'un unique roman à succès qui lui assure des revenus suffisant pour Anna). L'expérience intérieure d'Anna est faite de souvenirs très forts de son séjour en Afrique, de ses déchirements, de ses multiples liaisons, de sa fille. Cette lecture a constitué une expérience personnelle enrichissante car elle m'a fait découvrir de l'intérieur des univers mentaux qui me sont éloignés ou inconnus, des situations que je connaissais qu'intellectuellement et pour lesquels mon intérêt était plus que limité. Je dégagerai ici trois ou quatre thèmes de l'univers intime, social et politique où les mutations et changements de repère de la société entrent en résonance avec ceux que connaît Anna au niveau personnel. Les mutations sont d'autant plus douloureuses qu'on sent percer l'échec, pas encore totalement avoué dans les années 50, de certains mouvements intellectuels. Le Carnet d'Or a souvent été associé au mouvement féministe, à la libération de la femme, à la lutte entre les sexes, illustrés par des réflexions très dures et très amères. A cette dimension social répondent immédiatement les états d'âmes et problèmes sexuels féminins d'Anna (sujets qui m'étaient jusque là totalement hermétiques). La conjonction des deux fait ressortir les limitations de cette pseudo liberté conquise dans une logique d'affrontement : malgré ses revendications d'indépendance et ses multiples partenaires Anna souffre car elle a avant tout besoin d'être aimée et rêve d'une relation stable. Le Carnet d'Or se fait également l'écho de la désillusion et du doute qui étreint les communistes, une fois passée la période d'idéalisme et d'espérance, lorsque se révèlent l'ampleur des crimes staliniens, le caractère bureaucratique et mensonger du parti communiste, avec ces échecs que chacun ressent mais qu'aucun n'ose avouer en public pour ne pas subir la réprobation du système. Au fur et à mesure que les convictions de la femme libre et communiste vacillent devant l'échec pratique et théorique des idéologies, la crise morale d'Anna ne fait que s'amplifier. La psychanalyse se révèle insuffisante pour endiguer la folie qui monde jusqu'à l'effondrement et l'émiettement de sa personnalité, puis sa douloureuse reconstruction. Comme quoi il n'y a rien de pire que de rester chez soi à vivre de ses rentes en se regardant le nombril ; avoir un vrai boulot aide certainement à conserver un minimum d'équilibre ! Ces quelques trais laissent deviner que le livre ne laisse pas le lecteur en repos ! Ma lecture de ce (très) long ouvrage s'est faite par à coups, avec parfois des efforts fastidieux pour m'obliger à avancer et à d'autres moments une grande surprise en voyant le bond en avant qu'avait fait mon marque-page, sans aucun effort de ma part, à travers des passages d'une grande fluidité. Au détour d'un chapitre on a le bonheur trop rare de trouver une formule extraordinairement ciselée et percutante ou bien une description d'une force évocatrice inouïe. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
pensées de femme,
Par biche "biche" (Ile de Frane) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Carnet d'or (Poche)
Couchées sur le papier, des pensées au fil de l'eau, avec une apparente facilité d'écriture enviable. Le témoignage d'une vie d'amante, de mère, d'une militante politique, d'une amie ... Le cadre des années 50 en Angleterre n'enlève rien à l'actualité de ces propos.Un régal qui nourrit. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Chef d'oeuvre difficile,
Par Poignant (Poitiers France) - Voir tous mes commentaires (TESTEURS) (TOP 500 COMMENTATEURS) (VRAI NOM)
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Carnet d'or (Poche)
Doris Lessing explique dans sa préface qu'elle a voulu réaliser une œuvre qui décrit son époque comme le font les grands romans du XIXème siècle. Dans ce sens elle a totalement réussi.En dehors des sujets sociaux et politiques de l'après-guerre qui sont abordés avec lucidité et discernement, ce roman dissèque les relations entre sexes dans l'occident moderne et reste tellement d'actualité, 50 ans après... « Le carnet d'or », paru en 1962, est un roman partiellement autobiographique à la structure complexe et éclatée. Anna Wulf, romancière d'une trentaine d'années, vit seule avec sa fille de 11 ans, dans le Londres de la fin des années 50. Au travers de scènes de sa vie quotidienne associées à la découverte des carnets de couleur ou elle consigne souvenirs, doutes existentiels, anecdotes et projets de romans, nous allons connaître la vie affective et sociale d'Anna, sa soif de liberté et son mal-être. Anna a vécu une partie de sa jeunesse en Afrique Australe au début des années 40. Elle y a fréquenté une jeunesse bourgeoise de gauche sur fond de colonialisme raciste. Cette partie de sa vie a inspiré son unique roman « Frontières de guerre » qui a connu le succès et lui permet de vivre de ses droits d'auteur. Elle a été communiste et décrit son idéalisme et ses désillusions, prise au piège entre les crimes staliniens et le maccarthysme. Sa meilleure amie est Molly, actrice qui elle aussi vit seule avec son fils Tommy, 20 ans. Richard, l'ex-mari de Molly, est un brillant homme d'affaires de la City... Sur un rythme lent à la progression inégale, les thèmes développés sont incroyablement variés : le racisme, la nostalgie de la jeunesse, les désillusions, l'engagement politique, les conventions sociales et leur transgression, l'amour, la jalousie, l'argent, le couple, la sexualité, l'indépendance de la femme, la solitude, la liberté, l'éducation des enfants, les difficultés de la création artistique, l'intégrité de l'artiste, la dépression, la folie. Mais tout tourne autour du besoin d'amour et de la recherche du bonheur pour hélas constater que la liberté, l'amitié, l'engagement politique et les passades amoureuses ne suffisent pas pour donner un sens à la vie. Pour synthétiser, ce roman est la description compartimentée de la vie d'une femme artiste en terme d'amour, de position sociale, de conscience politique. Sa richesse et sa pertinence expliquent qu'il ait été un livre « culte » dans les années 70, tout comme l'obtention du prix Nobel à Doris Lessing. Mais « Le carnet d'or » est d'une lecture exigeante, avec un style parfois hermétique et d'une fluidité inégale qui met à mal le plaisir du lecteur et son envie. Pour en venir à bout, j'ai lu en parallèle d'autres romans plus accessibles, sinon j'aurai abandonné. Certes, avec le temps on s'habitue, on prend plaisir à retrouver Anna et ses états d'âme, comme une bonne copine. Mais que c'est long... Les 200 dernières pages, où une Anna en pleine dépression décortique sa relation avec deux hommes tous aussi déboussolés qu'elle, ont été pour moi un calvaire. Dommage qu'un aussi grand livre soit si difficile à aborder. A lire en s'armant d'une patience qui en vaut cependant la peine. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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