On aura compris que Monsieur Nitzsche, avant qu'il ne perde la boule (ou peut-être l'avait-il perdu en écrivant cela) n'aime pas Wagner. Ou plutôt si. Il a aimé, compris, ressentis et s'est auto-guérit avec succès de cette maladie honteuse qu'est la wagnérite aigu.
Mais voilà ce qui est bien pire à ses yeux : Il s'est laissé abuser.
Pire, s'est trémoussé sensuellement au sein de l'univers wagnérien pour, subitement, y cracher dessus, semblant comprendre au prix d'un énorme effort les véritables intentions de ce diable de Wagner. Croyant certainement être revenu courageusement de l'Hadès wagnérien, il tend à nous prouver de ce qu'il a réellement vu, sorte de cerbère répugnant doté de connotations plus que douteuses. Atteint sûrement de quelconque pathologie névrotique, nous avons la désagréable sensation que Nitzsche, s'il était devant nous en nous racontant cela, s'auto-flagellerait violemment en hurlant qu'il a pêché atrocement en écoutant l'oeuvre répugnante de Wagner.
Nitzsche préfère les opéra un peu cucu la praline à la Carmen (dans les grands thèmes musicaux et non à l'histoire à proprement parlé), c'est son choix le plus strict. Mais là où sa « pensée » tourne un peu en rond, est quand il tente par tous les moyens de rentrer par l'intérieur dans l'intellect de Wagner, lui prêtant des intentions étranges, dont ses oeuvres seraient, soit disant, les relais ardents de tels ou tels dysfonctionnements moraux. Bref, chez Wagner (perçu comme étant un non-musicien, au mieux un polémiste), une envie de domination, essentiellement non musicale, couplée à une tendance à la rédemption générale caractériserait à eux seul son oeuvre immense. Concernant la rédemption, c'est ce que nous appelons une Lapalissade.
Voilà pour le résumé. Après c'est du bla-bla simpliste, mâtiné de référence pseudo-psychanalitique, c'est à dire d'une totale subjectivité, donc, à mes yeux, totalement inutile (la critique, ciblée sur une frange musicale donnée, sur le thème d'un drame précis, ou encore sur la personnalité du compositeur, est naturellement faisable et même souhaitable ; et dieu sait qu'il y a des choses à dire sur Wagner, bonnes et (vraiment) moins bonnes). Mais ici, à contrario, c'est à coup d'arguments éventés et évasifs, douteux dans le meilleur des cas, ésotérique dans le pire, que l'auteur semble régler ses comptes imaginaires avec Wagner.
A la lecture de ce livre, un seul leitmotiv revient sans cesse : comment peut-on rejeter si vivement et en bloc un compositeur que l'on a tant aimé ? Mystère.