Enregistré entre Miami, Toulouse et Kingston, le nouvel album de Rohff, l’un des MC’s les plus emblématiques de ces dernières années, est un effort louable de maturité, pour un rappeur franc-tireur qui ne dissimule pas ses émois et les vicissitudes de sa propre vie derrière un cinéma de flambeur. À l’opposé d’un Booba, sa Némésis, qui sort son nouvel album juste avant lui, Rohff ne se complaît pas dans la glorification d’un matérialisme « à l’américaine ».
Son album s’articule en trois parties. La première est franchement engagée, retrouvant un sens politique que le rap français a depuis longtemps perdu la fibre.
« L’expression du malaise » en est le fleuron : « Ils parlent de réparer la France, qu’ils commencent par l’ascenseur / Il paraît qu’il y a moyen d’être docteur ou avocat / Essaye d’expliquer ça aux frères sous skunk et vodka… ».
« K-Os For Life » ou
« Repris de justesse » continuent de labourer ce territoire, avant d’ouvrir une page plus intime.
« Sans Amour » avec Speedy,
« Si Seul » avec Wallen, et
« Hysteric Love » avec Amel Bent sont trois chansons où Rohff se déshabille, parle de solitude et d’amour.
Pas de sexe, pas de vantardise misogyne, les filles ne sont pas envisagées comme le chiffre de leur tour de poitrine, mais comme des êtres complexes et égaux, avec lesquelles il faut composer pour créer sa vie d’homme. Les refrains R&B ne sont pas envahissants, juste là pour souligner un propos sincère, d’un homme que la trentaine a rendu sage.
Enfin le troisième volet fait la part belle aux hymnes à autoradios, sons electro et vantardises de rigueur, mais avec toujours ce poids du destin, ces doutes et ces questions. Rohff a décidément mûri, et même dans ses phases les plus rentre dedans, il laisse en filigrane deviner un second degré. On remarque un son plus reggae, avec Junior Reed, et le
« Testament » final, long récitatif de 8 minutes où le rappeur de Vitry raconte sa version de cette embrouille avec son propre frère, qui l’a conduit à l’ombre pour quelques mois.
Le Code de L’Horreur, cinquième album dense d’une carrière pleine, est peut-être moins chargé en hits évidents, mais il est sans conteste un disque « lourd » dans le rap d’aujourd’hui, celui d’un artiste dont le flow technique ne dissimule pas un discours vain. Mature et efficace, riche et constructif, c’est l’album d’une vraie personnalité.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story