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5.0 étoiles sur 5
Portraits du conflit,
Par Caetano Veloso (France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Conflit (Poche)
« Le conflit a une signification sociologique, puisqu'il suscite ou modifie des communautés d'intérêts, des regroupements en unités, des organisations : voilà un principe qui n'a jamais été contesté. En revanche, pour l'opinion ordinaire, la question de savoir si le conflit lui-même, indépendamment de ses effets ultérieurs ou simultanés, n'est pas déjà une forme de socialisation, semblera certainement paradoxale. Si toute interaction entre les hommes est une socialisation, alors le conflit, qui est l'une des formes de socialisation les plus actives, qu'il est logiquement impossible de réduire à un seul élément, doit absolument être considéré comme une socialisation. Dans les faits, ce sont les causes du conflit, la haine et l'envie, la misère et la convoitise, qui sont véritablement l'élément de dissociation. Une fois que le conflit a éclaté pour l'une de ces raisons, il est en fait un mouvement de protection contre le dualisme qui sépare, et une voie qui mènera à une sorte d'unité, quelle qu'elle soit, même si elle passe par la destruction de l'une des parties - un peu comme les symptômes les plus violents de la maladie, qui bien souvent représentent justement l'effort de l'organisme pour se délivrer de ces troubles et de ces maux. En lui-même, le conflit est déjà la résolution des tensions entre les contraires ; le fait qu'il vise la paix n'est qu'une expression parmi d'autres, particulièrement évidente, du fait qu'il est une synthèse d'éléments, un contre autrui qu'il faut ranger avec un pour autrui sous un concept supérieur. Ce concept est défini par l'opposition commune à ces deux formes de relation contre la simple indifférence mutuelle des éléments ; le rejet comme la suppression de la socialisation sont aussi des négations ; mais c'est précisément en s'en différenciant que le conflit désigne le moment positif qui tisse avec son caractère de négation une unité qui n'est que conceptuelle, mais impossible à défaire en fait.Un groupe qui serait tout simplement centripète et harmonieux, une pure et simple « réunion », n'a non seulement pas d'existence empirique, mais il ne présenterait pas véritablement de processus de vie ; la société des saints que Dante aperçoit dans la rose du paradis peut se comporter ainsi, mais elle est aussi inaccessible à toute modification, à toute évolution, tandis que la sainte assemblée des Pères de l'Eglise, dans la disputa de Raphael, se présente, si ce n'est comme un conflit à proprement parler, du moins comme une diversité d'humeurs et de directions de pensée sensiblement opposées, d'où jaillit toute la vivacité et la cohésion véritablement organique de cette réunion de personnes. (...) Il est vrai que certains conflits semblent exclure toute autre sorte de moment : par exemple entre le brigand ou le voyou et leurs victimes. Quand un tel combat n'a pas d'autre but que la pure et simple destruction, il se rapproche bel et bien du cas limite qu'est le crime crapuleux, où la part de l'élément créateur est devenue égale à zéro ; en revanche, dès que d'une manière ou d'une autre, il est question d'épargner la victime, d'imposer une limite à la violence, il y a déjà un moment de socialisation, même si celui-ci n'a qu'un effet de frein. Kant affirmait qu'une guerre où les camps en présence ne s'imposaient pas quelques réserves dans l'emploi des moyens possibles devenait forcément une guerre d'extermination, ne serait-ce que pour des raisons psychologiques. Car si l'on ne s'interdisait pas au moins le crime crapuleux, le parjure, l'incitation à la trahison, on détruisait du même coup la confiance qu'on pouvait avoir dans la manière de penser de l'ennemi, sans laquelle il est impossible de faire la paix. » Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
un tres bon sociologue,
Par Lupa "Aude" (66, france) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Conflit (Poche)
il bouscule des idées établies. Il donne une nouvelle perspective sur la vision que nous pouvons avoir de l'interaction humaine. A lire!!!
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