Je lis les commentaires négatifs sur l'ouvrage sur le présent site et j'ai la surprise de constater que l'on reproche au premier chef à Mme Badinter de tenir un discours... qu'elle ne tient pas.
Crtique-t-elle l'allaitement? Nullement. Elle réclame le droit, pour chaque mère, de choisir sans culpabiliser.
Critique-t-elle l'écologie? Non plus. Elle rappelle qu'il existe des alternatives au fait de passer sa journée à nettoyer des couches (sauf si l'on est rentière, ce qui n'est pas le cas de toutes les femmes) alors que des couches biodégradables existent; etc.
Critique-t-elle la tendresse maternelle? En aucun cas. Elle rappelle simplement que les théories du type "théorie de l'attachement", qui intiment à la femme l'ordre de ne pas se déscotcher de son bébé (sans le moindre fondement établi, si ce n'est la logorhée psychanalytique habituelle), conduisent à culpabiliser les femmes qui ont fait le choix de travailler pour subvenir à leurs propres besoins au lieu de vivre aux crochets de leur mari. L'autonomie financière est la première des libertés des femmes, l'actualité nous le rappelle cruellement puisque le problème actuel de nombres de femmes battues est l'incapacité, pour ces dernières, de quitter le domicile conjugal faute de ressources propres.
Tient-elle un discours déconnecté des réalités? Certainement pas. Badinter parle des femmes réelles, celles qui n'ont pas un mari plein aux as pour les entretenir pendant les trois années où elles sont, selon la théorie de l'attachement, censées cesser toute activité pour ne pas traumatiser leur rejeton. Elle parle de ces femmes qui ont autre chose à faire que des lessives pour nettoyer les couches lavables (cf ci-dessus : toutes les mères n'ont pas des domestiques à demeure). Elle parle de ces femmes dont le mari n'est pas un enfant de coeur, et dont elles ne peuvent se détacher faute d'indépendance financière.
Le choix de gagner sa vie est le premier choix responsable d'une personne libre qui ne veut pas dépendre d'un tiers. Ce choix-là devrait être compatible avec la maternité. Notre société a ouvert les bras aux femmes et mères actives, Badinter suggère de protéger ce trésor qui permet d'ailleurs à la France d'être au premier rang européen de la natalité, loin devant l'Allemagne qui stigmatise les mères au travail.
C'est là le seul propos d'Elisabeth Badinter.
Est-elle énergique dans son propos? Certainement
Révoltée? A n'en point douter. Vu l'enjeu (la liberté économique des femmes et des mères), on peut le comprendre.
Je suis très perplexe devant l'avalanche d'agressivité dont elle fait l'objet de la part de femmes qui voudraient que tout le monde suive leur modèle ("j'ai élevé mes enfants, moi, madame"), alors même que Mme Badinter suggère uniquement de laisser les femmes choisir, précisément. Choisir l'un ou l'autre mode de vie, en cessant de culpabiliser sur la base d'une littérature pseudo-scientifique qui repose très souvent sur une confusion entre corrélation et causalité (et lisez plutôt Steven Pinker ou Judith Rich Harris qu'Edwige Antier sur l'éducation et, plus largement, sur ce qui définit le devenir d'un petit d'homme. non, définitivement non, tout ne se joue pas avant 3 ans... Et - désolée d'en décevoir certains - les enfants n'entendent rien quand ils sont dans le ventre de leur maman; je sais que la vulgate doltoesque prétend le contraire, mais c'est une superstition, une de plus).