Roman noir, terrifiant où se croisent les destrins tragiques de quatre homosexuels en quête d'absolu, Le Corps exquis trouble, perturbe, dérange par l'extrême violence de son histoire et de ses mots.
Avec la menace mortifère du Sida en toile de fond, ces personnages aussi sombres et désespérés que décalés évoluent dans un univers violent et érotique en marge de la société londonnienne puis américaine : Luke Ramson, héroïnomane séropositif et admirateur inconditionnel d'Arthur Rimbaud, tente de noyer sa haine rageuse et d'oublier Tran, son ancien amant dans l'animation virulente d'une émission de libre antenne sur une radio pirate sans concession. De son côté, le jeune Tran, partagé entre la tradition pesante de sa culture vietnamienne et la fascination passionnée et destructrice que lui inspirent ses partenaires, ne se doute pas que ses penchants sexuels l'attirent dangereusement dans les toiles mortelles tissées par deux tueurs en séries gays particulièrement violents et sanguinaires, Jay Byrne et Andrew Compton, qui se sont associés dans le plus maléfique et le plus sadique des pactes.
Avec un langage cru, aussi extrême que l'histoire terrifiante qu'elle raconte, Poppy Brite livre ici une oeuvre d'une noirceur absolue, violente et érotique, exclusivement masculine et nocturne. Les scènes de sexe, dénuées de tout autre sentiment que le désir, le plaisir et la souffrance, frisent souvent la pornographie, et si l'auteur explore avec talent toute la psychologie de ses personnages jusqu'au bout de leur perversité(qu'ils soient victimes ou bourreaux), certains passages, notamment de mise à mort et de nécrophilie, restent particulièrement choquants et peuvent mettre mal à l'aise.
Reste que le livre d'abord censuré de Brite est aussi intelligemment écrit que savamment construit : charnel, sexuel, déroutant, dérangeant, cruel au sens fort du terme puisque fascinant via la violence et le sang, il laisse le lecteur dans un sentiment ambivalent de curiosité répulsive et d'attirance horrifiée. Un livre réussi puisqu'il ne laisse aucun de ses lecteurs indifférent.