Timsit est vraiment bluffant de vérité dans ce rôle de dealer petit-bourgeois qui lui a valu une nomination aux césars 1998. Le personnage est complexe et tout à la fois repoussant et attachant. Le jour, il place ses filles dans un lycée catholique pour leur éviter de fréquenter les revendeurs de crack et le soir, il fournit ces mêmes dealers en dope qu'il se procure auprès des services de police... C'est un être repoussant par son machiavelisme : il balance aux flics les plus gros trafiquants que lui pour récupérer ensuite leur came et leur position sur le marché... C'est aussi un être attachant, par son bagout pied-noir, ses contradictions, son envie d'être un bon père de famille "cocooning"... Face à lui, Chabat, en inspecteur de police, lui tient la dragée haute dans un rôle tout aussi complexe, tantôt naïf et inquiet, tantôt violent et combattif.
Si le film se regarde d'abord comme un polar à la française, avec en prime la dénonciation politique d'un système qui protège les malfrats (Corneau a aussi été nominé aux césars pour la réalisation de ce film), il peut aussi se regarder au second degré avec les portraits croisés de plusieurs foyers/couples/familles au bord de la rupture : le personnage de femme délaissée interprété par Agnés Jaoui est très intéressant à ce niveau. Le vilain dealer entrainera-t-il dans sa chute le policier qui le protège ? C'est un film plein de rebondissements, peut-être un peu violent pour les moins de 15-16 ans mais qu'on prend du plaisir à regarder une deuxième, une troisème fois, tant le duo Timsit/Chabat est palpitant à suivre.