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Le Crayon du charpentier [Poche]

Manuel Rivas , Ramón Chao , Serge Mestre
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Descriptions du produit

Quatrième de couverture

1936. Dans une prison galicienne, peu après le coup d'État de Franco, un jeune peintre anarchiste dessine avec un crayon de charpentier le célèbre Porche de la Gloire de la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle. Il prête aux différents personnages bibliques les gestes et le visage de ses camarades de captivité, tous condamnés à être assassinés lors d'une des sordides exécutions sommaires organisées par les fascistes. Le garde civil Herbal, chargé de surveiller les prisonniers politiques, suit en secret la progression du dessin et, le soir où, sur l'ordre de ses supérieurs, il tire une balle dans la tête de l'artiste, il ne peut s'empêcher de ramasser le crayon. Il est alors bien loin de se douter qu'à chaque fois qu'il le posera sur son oreille, celui-ci lui parlera avec la voix de la victime... Un petit chef-d’œuvre de finesse et de sensibilité qui s'élève tel un chant d'espoir au milieu des horreurs de la guerre.

Détails sur le produit

  • Poche: 231 pages
  • Editeur : Gallimard (21 mars 2002)
  • Collection : Folio
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070422275
  • ISBN-13: 978-2070422272
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'enivrante transmutation d'un crayon, 27 avril 2011
Par 
Juste BEMBELE (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Crayon du charpentier (Poche)
Titre original (galicien): O Lapis Do Carpintero

Titre espagnol: El lápiz del carpintero

Le Crayon du Charpentier offre fluidité et relative simplicité du récit qui s'enlacent éperdument, pour servir la trame d'un amour au temps du franquisme. Pourtant cela n'exclut nullement la permanence d'une prose nacrée et les réflexions doucement urticantes de Daniel Da Barca, Républicain doublé de Révolutionnaire Humaniste, à l'adresse d'Herbal. Sur fond de Guerre Espagnole, Manuel Rivas décline la grâce d'une harmonie dont les protagonistes déploient la fresque avec autant de gaieté et de nostalgie agréable qu'ils ont d'esprit (notamment le Docteur Da Barca) à en retracer les péripéties. Le narrateur, Herbal, en proie à une conscience empruntée à la survivance d'un intellect actif que l'on doit à un peintre Républicain qu'il exécuta, en sa qualité de "paseadore", est loin d'être le centre de ce fin pavé. Car tout ce dont on apprend tant la cause que l'imminence s'articule à la cadence capricieuse de l'écho d'une rémanence soucieuse de faire émerger de la déchéance de l'Être, bonté, douceur et poésie. Une poésie, à dessein, dispensatrice d'espérance qu'Herbal est chargé d'endiguer, au prix de l'oubli de soi, quand bien même cela se révèle cruellement déchirant lorsque refait surface sa passion pour Marisa.

Daniel Da Barca aime Marisa Mallo, qui le lui rend bien. Nous en apprenons davantage au gré du goût de la précision d'Herbal qui, malgré l'apparente indifférence dont il fait l'objet de la part d'une Maria perpétuellement fuyante, s'épanche comme contraint par le devoir que lui confère l'artiste: sauver le pan assombri d'une civilisation pourtant bien sertie dans la marche de l'Histoire. Pour ce faire, il sait se rappeler les instants de frustration à l'orée de chaque opportunité censée lui donner à apprécier les subtilités d'une splendeur plastique et la douceur d'une expression multiforme dont seul Daniel a le droit de recueillir le suc. C'est en cela que Maria de Visitaçao, jeune pensionnaire d'un bordel, mérite la double valence de réceptacle de la narration et de catalyseur. Cette double caractérisation rend bien compte des fonctions affectées aux actants, pour une meilleure perception de l'évolution du récit.

Daniel que la guerre contraint à s'éloigner de celle qu'il aime, choit dans un hôpital militaire. Et Herbal y est tour à tour garde, témoin, voire acteur, dans des conditions dont il ne lui est toujours pas aisé d'apprécier le moteur.

Frondeur à l'envi, Daniel brave l'austérité d'un ordre nouveau, par le biais de traits d'esprit destinés plus à faire face à une réalité nouvelle qu'à défier ceux qui en sont sont les pourvoyeurs zélés. Écouter ce féru de dialectique et de maximes éclatantes génère deux attitudes: celle qui manque souvent de détourner Herbal de sa feuille de route et celle qui agrège les âmes ternies d'une période décadente pour un festival de bons mots. Autrement dit, ces airs que sait déployer l'humaniste au service de merles qui, à leur tour, vont lui pourvoir de chants qui adouciront sa traversée pour la patrie d'Apollon et des neuf Muses.

Marisa Mallo, elle, semble sortie de l'intention sublimante due à la valence auctoriale de Rivas:

''Elle était vêtue d'une robe à fleurs' parfaitement cintrée à la taille. Ses bras étaient nus. On aurait dit qu'un jardin venait d'entrer dans une cellule, un jardin avec des abeilles et tout ce qui s'ensuit'''

Elle y est certainement peinte par la grâce de ce crayon néanmoins pudique, assorti au discret interventionnisme du pouvoir conceptuel de Rivas. Il en dresse le portrait d'une présence quasi éthérée. On croit la voir parcourir le roman, impulsée par l'articulation amour/admiration vouée à un être que, seul l'engagement feutré servi par la métaphore d'un sport collectif, soit à même de donner de la consistance au mouvement de résistance:

''il (Herbal, parlant de Daniel Da Barca) disait par exemple qu'il faut passer la balle comme si elle était attachée à un fil, ou bien que c'était le ballon qui devait circuler et non pas le joueur ''.

Manuel Rivas y affecte un fort coefficient artistique, véritable plaidoyer pour une révolution sans effusion de sang, donc en faveur d'une mutation qui s'affranchisse du prétexte de la 'nécessaire' abstraction de la vie humaine pour un changement réussi.

Le crayon, c'est la continuité du jeune peintre anarchiste qui parvient à tricher avec la mort, un tour dont il fait bénéficier le principe à Daniel Da Barca.

C'est l'intemporel acquis à la permanence de l'art qui, de ce fait, s'élève au-dessus de la Falcona et de la force brute des temps de guerre.

Il réécrit l'Histoire en prenant le soin de gommer les aspérités qui affleurent sur les champs de bataille.

Il négocie le sursis d'une mort programmée par la barbarie, venant ainsi à bout d'une chronique qui a l'insolence de vouloir supplanter l'ordre naturel des choses:

'la justice appartient aux puissances de l'esprit'.

Mais le crayon, c'est également le renoncement de l'art face à l'image brouillée que lui renvoie la dure réalité de la conquête du pouvoir temporel, puisqu'il en est un produit:

'En Galice, la faux adore les artistes, Herbal.'

Le roman pullule de différents procédés cinématographiques que Rivas déploie avec finesse, pour le bonheur vertigineux d'un lecteur de Jonathan Littell*, par le biais de fréquents retours en arrière. Un habitué de lectures linéaires y verrait la source folle d'un embarras face à la reconstitution formelle destinée à renseigner sur les différents jeux narratifs. L'on finit par s'en accommoder, au regard de cette perturbation délibérée, ainsi imprimée par une forme d'esthétique carnavalesque, tant le schéma artistique qui la porte témoigne d'une maîtrise louable de l'exercice d'écriture.

* Je reconnais avoir eu la faiblesse de trouver à Herbal une ressemblance avec Max(imillan) Aue dans Les Bienveillantes, ou peut-être l'inverse.
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