Une des grandes oeuvres de théorie fondamentale (ou une des plus puissante prémisse à l'élaboration d'une théorie fondamentale et globale) à avoir vu le jour durant la deuxième moitié du xxe siècle ; Gauchet interroge le reversement de l'économie religieuse, de la dette envers un ordre intégralement reçu et à reproduire, en une nouvelle organisation du monde social historique et d'un nouveau rapport à soi par rapport auquel la Réforme constitue un point culminant, centrant la vérité sur l'autocorrespondance de l'ordre humain et sur la critique, la mise à l'épreuve des médiations collectives et institutionnelles reliant les sujets au pouvoir-faire, au pouvoir-connaître etc. mise à l'épreuve procédant par la confrontation de ces médiations aux lumières des interprètes individuels dont l'autonomie ou l'indépendance présumée se révèle, prend consistance et relief dans le même mouvement. Le désenchantement du monde ou: comment la régulation de la société s'est-elle progressivement centrée sur des principes qui se définissent ou se ramènent ultimement à la négation de l'existence de la société, de la dépendance subjective envers un ordre ou une vie plus vaste.
Malheureusement pour Gauchet, son option de retrait médiatique et de non-apparition (un penseur dans l'ombre) a le désaventage apparent de favoriser ou de ne pas contraindre suffisamment le parasitage, la copie, les pastiches, les reprises à peine masquées de cette oeuvre capitale auxquels se livrent quantités d'auteurs plus ou moins à succès. Par conséquent, disons les choses clairement au risque d'ignorer les reprises, les emprunts et les citations non avouées auxquels s'est livré aussi Gauchet et au risque de sur-enchérir sur la figure de l'auteur "original", inspiré et non réductible à la somme de ses lectures et de "l'air du temps", figure que ne revendique de toute façon pas Gauchet : le désenchantement du monde est une référence obligée