Rares sont les livres qui possèdent un tel souffle romanesque, une telle richesse, une telle profondeur d' âme que "Le dahlia noir". Le style incomparable de James Ellroy est profondément envoûtant, hypnotisant et dégage une formidable puissance d' évocation qui nous transporte en plein coeur des années 40 aux Etats-Unis.
Commme l' indique le prologue, même si le meurtre d' Elisabeth Short est la pierre angulaire de l' histoire, il y a cependant un "avant" et un "après" bien distincts.
L' "avant", c' est la rencontre entre deux anciens boxeurs devenus flics au LAPD et la profonde amitié qui va les lier au fur et à mesure de la réussite de leur tandem au service de l' adjoint au procureur. A cette époque, tout leur réussit et leur carrière semble toute tracée au sein de la hiérarchie de la police. Mais la découverte du cadavre du Dahlia noir et leur obsession grandissante pour cette affaire va marquer le début de leur descente aux enfers.
L' auteur dresse un tableau sans concession d' une Amérique déjà rongée par la corruption et d' une police vérolée qui ne recule pas toujours devant l' usage de la torture pour obtenir de force des aveux et ainsi couvrir de gloire un procureur en pleine campagne électorale...
A travers une intrigue complexe mais ô combien passionnante, en mettant en scène des personnages saisissants de profondeur dont il sonde sans cesse la face la plus sombre, les pulsions les plus noires et les contradictions propres à chacun, Ellroy construit une oeuvre d' une noirceur totale qui a la beauté du desespoir. En évocant ces destins brisés, peuplés des désillusions les plus cruelles, ces histoires d' amour impossible, il n' épargne à aucun moment son lecteur et lui ouvre grands les yeux devant le spectacle des réalités et devant la réalité de la vie.
Mais une fois la lecture achevée, plus rien n' efface de telles images ni n' apaise autant d' émotions...