Le diable au corps, drame français, de 1946 - diffusion 1947, réalisé par Claude Autant-Lara, durée 1h50
Avec : Micheline Presle, Gérard Philipe, Jean Debucourt, Palau, Germaine Ledoyen, Denise Grey, Jeanne Pérez
Pendant que les cloches sonnent l'armistice, a lieu l'enterrement de Marthe Grangier dans le cimetierre de Nogent-sur-Marne. Un jeune homme se dirige vers une maison qu'elle habitait, son chagrin est profond et les larmes coulent, il songe à la belle jeune femme qu'on enterre et son passé lui revient en mémoire... 1917, un lycéen de 16 ans, François Jaubert, rencontre une jeune femme un peu plus âgée que lui. Il tombe sous le charme mais un malentendu les sépare. Plusieurs mois plus tard, ils se rencontrent à nouveau. Elle est mariée et son époux est au front. Marthe invite François chez-elle et devient sa maitresse. Leur bonheur chasse toute prudence et bientôt la mère de Marthe s'indigne de la situation car les voisins commencent à jaser...
La passion qui transpire dans le roman de Raymond Radiguet (1903-1923), n'est pas aussi palpable dans le film. Certes Claude Autant-Lara est un réalisateur que les sujets scabreux ne rebute pas mais en 1946 il est très difficile de faire passer en images une liaison, d'abord sentimentale et passionnelle mais aussi très charnelle, d`autant qu`il s`agit d`un mineur de 17 ans et que la jeune femme est fiancée, puis mariée, à un soldat sur le front. Il va s'y employer en essayant de rester dans les normes de la bienséance mais certaines scènes seront encore trop osées, puisque la censure obligera la production à couper une quinzaine de minutes. C'est un bon film qui permet au réalisateur de dénoncer le patriotisme bien-pensant et la morale hypocrite de la société par le biais d'une poignante histoire d'amour impossible. Gérard Philipe (François Jaubert) et Micheline Presle (Marthe Grangier) ont tous les deux 24 ans l'année du tournage et pour le personnage de Marthe, l'âge de l'actrice cadre avec le rôle. Par contre un Gérard Philipe de 24 ans, même s'il se rajeunit au maximum, est quand même difficilement crédible en lycéen de 16 ans. Mais ce comédien est si passionné par son métier que sa fougue et son jeu parviennent, en partie, à masquer cette différence. Un film tout de même inégal dans la mise en scène avec pas mal de longueurs et la photo en noir et blanc n'est pas toujours très stable. Heureusement les séquences amoureuses relèvent l'ensemble avec des moments de vrai bonheur.
Raymond Radiguet prétendra, avant sa mort, que son roman "Le diable au corps" était une fausse biographie. Sa jeunesse (il meurt à l'âge de vingt ans de la Typhoïde) permet tout de même de penser qu'écrire un tel livre à 17 ans relève tout de même d'une expérience vécue. Pour s'informer sur ce jeune écrivain très prometteur et lire les oeuvres de sa courte vie : "
Les Joues en feu", "Devoirs de vacances", "Vers libres", "Jeux innocents" et deux romans "
Etude sur Raymond Radiguet : Le Diable au corps" et "
Le bal du comte d'Orgel", "
Oeuvres", "
Raymond Radiguet : Une étude de David Noakes, avec un choix de poèmes de R. Radiguet, une chronologie bibliographique Raymond Radiguet et son temps".