"Le Feu follet" est un film rare. Pour moi, il fait partie d'un triptyque, je le mets entre "Marienbad" de Resnais, et "La Notte" d'Antonioni. Même thème : l'errance. Pour Marienbad, un palace, pour Antonioni, la nuit, et pour Malle, un labyrinthe mental. Traités en noir et blanc, parce que la couleur, non, vraiment! ils font partie de cette décennie 1960-1970, qui fut féconde pour le cinéma européen, et surtout franco-italien. Marienbad se terminait par une "délivrance" (la jeune femme parvenait à sortir du palace grâce à l'amour de l'homme), La Notte finissait par une rupture (la lecture de la lettre, dans le parc, ne pouvait que confirmer l'incommunicabilité du couple) et Le Feu follet s'acheve par un suicide.
La dernière scène de "communication" avant le suicide est remarquable à ce sujet : dans l'appartement des riches bourgeois qui le reçoivent, Maurice Ronet ne parvient plus à se contrôler : son impeccable indifférence ("stoïcisme"?) vole en éclats, et la caméra tourne autour de lui et fragmente aussi bien sa voix que ses gestes. Remarquable!