Ce sont les leçons professées par le capitaine De Gaulle à l'Ecole de guerre en 1927, devant un auditoire comprenant le général commandant l'Ecole qui aurait bien flanqué ce professeur à la porte, nonobstant la protection dont il jouissait encore (mais plus pour longtemps, leur rupture est déjà amorcée) de la part de Pétain.
Ce livre est à conseiller à tout chercheur, à tout étudiant ayant besoin de se former sur le plan intellectuel: De Gaulle y souligne d'une part le rôle du caractère (sans caractère, les meilleurs institutions et la meilleure instruction ne servent à rien), et d'autre part le rôle de la culture générale qui permet de faire le lien entre des ensembles disparates.
Il a la dent dure contre certains militaires qui "négligeant la puissance de l'intelligence oublient de s'en servir", et qui rappelle la formule de Lyautey "Quand les talons claquent les cerveaux se vident".
De Gaulle introduit une distinction entre l'intelligence intuitive, inductive, (ce qu'il appelle la "doctrine des circonstances") et l'intelligence déductive, théorique (la "doctrine de l'a priori"): le succès nait de la capacité à articuler les deux.
Quelle leçon claire d'épistémologie! je m'en sers pour la formation de mes étudiants. On y retrouve les apports du pragmatisme de Peirce
Oeuvres philosophiques. : Volume 1, Pragmatisme et pragmaticisme et, avant l'heure, la critique de la théorie de l'induction par Popper dans
La connaissance objective.
C'est écrit dans une langue magnifique.
Faîtes le test: lisez deux pages de ce livre, puis après parcourez (je n'ose dire "lire") du Beigbeder ou du Minc, et faîtes la différence....