Ce film de 1955 est un petit bijou. Adapté d'une pièce de théâtre (dont Clifford Odets est l'auteur) et réalisé par
Robert Aldrich (Vera Cruz, Kiss Me Deadly...), Le Grand Couteau (The Big Knife) est une satire violente des moeurs hollywoodiennes...
Jack Palance incarne une vedette d'Hollywood, Charlie Castle. Celui-ci promet à sa femme (
Ida Lupino, magnifique comme d'habitude) de ne pas se plier aux chantages de son producteur Stanley Hoff (
Rod Steiger, impressionnant) qui voudrait bien voir son acteur préféré lié à un nouveau contrat de sept ans...
Manipulations, discussions à bâtons rompus, chantages, c'est une sorte de huis clos malsain qui se joue sous nos yeux, à Bel Air, quartier huppé de Los Angeles, sorte de ruche où les personnages même secondaires (
Shelly Winters, méconnaissable) sont pris dans un tourbillon infernal... Piégés, happés, ils sont tous coincés par le "système". La liberté est un mot qui n'existe pas à Hollywood. Les producteurs manipulent les acteurs et les cinéastes, font du chantage et abusent de leurs pouvoirs. Crises de nerfs, dépressions. Personne n'est épargné.
Comme dans
Sunset Boulevard (magnifique film de Billy Wilder) ou
Les Ensorcelés (de Vincente Minnelli), The Big Knife est un pamphlet, une satire violente à l'encontre de Hollywood. Ici, le film prend un ton personnel pour au moins deux raisons. D'abord, parce que Robert Aldrich fut l'assistant réalisateur du film de Robert Rossen,
Body and Soul, chef d'oeuvre du film noir réalisé en 1948 pour l'Enterprise Studio. John Garfield était alors la vedette. Il devint aussi populaire qu'Humphrey Bogart... "Le Grand Couteau", c'est un peu l'histoire de cet acteur que l'on a plus ou moins oublié... Son ascension, ses succès, sa vie privée, sa vie professionnelle, jusqu'à sa mort (il serait décédé en 1952 d'une "crise cardiaque"...). Dans le Grand Couteau, lors d'une séance privée, on voit même des extraits de "Body And Soul", dans lequel jouait Garfield (il tenait alors le rôle de Charlie "Tiger"...). Dans le bonus (introduction à l'oeuvre de Robert Aldrich par Marc Cerisuelo, professeur à l'université de Provence), il n'en est pas fait mention une seule fois!
Malgré son aspect bavard et très (trop?) théâtral, "The Big Knife" reste un film curieux, à voir si vous vous intéressez à Hollywood et ses dérives. Attention, c'est âpre, pas de glamour ici, la réalisation est nerveuse, et extrêmement tendue. A voir en V.O., bien entendu (mais le voir en V.F. est possible aussi, Carlotta n'a pas négligé cet aspect-là)...