1962, Visconti nous offre un film qui encore aujourd'hui se regarde comme à sa sortie avec des yeux émerveillés...Une longue fresque de trois heures qui me fait penser à Autant en emporte le vent, où le monde de privilégiés laisse la place à celui d'un avenir plus commun. Même époque (1860), mêmes beaux costumes, même recherche dans les détails des décors et des costumes, même foisonnement de caractères complexes. Mais si "autant en emporte le vent" était centré sur l'histoire d'une héroïne et de son combat pour garder les privilèges de ce monde perdu, ici Visconti utilise un Prince aux idées clairvoyantes et aux sentiments généreux pour dire que l'avenir même décadent doit être accepté.
Un Prince qui dit "nous étions les guépards, les lions, ceux qui viendront seront les chacals, les hyènes et tous nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre".... Il dit aussi "il faut accepter le changement pour que rien ne change" ...il l'accepte à regret mais contribuera à réaliser ce changement en réalisant l'alliance de son neveu (aristocrate et opportuniste) avec la fille d'un bourgeois devenu puissant... Une alliance d'avenir où le monde ancien se fond dans le nouveau, celui de la "révolution" de l'annexion de la Sicile, de la réunification de l'Italie.
Un Casting de rêve nous fait découvrir (en 1962) Claudia Cardinale pulpeuse, éclatante dans des costumes victoriens, légère, provocante et un brin commune (je ne dis pas vulgaire), c'est Angélica la fille du maire de la ville, un très riche bourgeois qui rêve d'être gentilhomme.
-Claudia Cardinale aux cotés de Alain Delon, splendide jeune homme, aimé des filles de cette cour princière, flirtant, aimant la plus belle, la plus riche, celle du monde nouveau.
-Alain Delon, c'est Tancredi, le neveu chéri du Prince, celui dans lequel ce Prince se retrouve jeune, vigoureux, celui dont le Prince est jaloux... Tancredi qui est d'abord le révolutionnaire engagé avec les chemises rouges de Garibaldi, qui démissionne quand la réunification se fait sous l'égide du roi Victor Emmanuel, qui revient en Sicile pour recueillir les fruits, les richesses que l'amour d'Angelica lui assurera.
-Burt Lancaster, un prince élégant, pater familias, savourant ses privilèges mais lucide au point de vouloir s'en séparer pour conserver sa dignité d'homme.
-On apercevra aussi : Serge Reggiani (en aristocrate conservateur), Terence Hill (en drôle de soldat rouge puis bleu, en amoureux éconduit par la fille du Prince)...
Mais ce dont je me souvenais du film, vu lors de sa sortie, c'est de la longue scène de la réception et du bal donnés par les parents de la fiancée Angélica...Une longue scène de plus d'une heure où tout est dit des sentiments des personnages.
-jalousie de la rivale d'Angélica qui est fixée sur son amour romantique de jeunesse,
-fierté outrageuse du père de cette fiancée,
-explosion de joie et de fierté de la belle fiancée, qui se voit reine du bal,
-regrets désespérés du Prince qui voit sa jeunesse le quitter et son monde disparaître,
-provocation d'Angélica pour attirer les regards et les désirs du Prince, de l'assemblée, faire naître un brin de jalousie chez le fiancé,
-élégance, gaité et jalousie masquée de Trancredi qui voit sa fiancée ouvrir la première valse avec l'oncle-prince...
Cette scène, longue, splendide, est accompagnée d'une musique inoubliable, signée Nino Rota. Les costumes et décors sont parfaitement reconstitués et traduisent un monde féérique à peine imaginable aujourd'hui.
Une place particulière est donnée à la religion dans ce film. Même si le confesseur du Prince a un rôle semble-t-il de directeur de conscience...Le Directeur est toujours le Prince, agissant en maitre après Dieu et décidant lui même, du moment des prières, des visites religieuses...Il envoie promener également le dit confesseur en lui répliquant "ce qui est essentiel dans la confession ce n'est pas le discours mais le repentir"...Il est aussi sincèrement respectueux envers sa foi, s'agenouillant au passage du Saint Sacrement et continuant sa prière vers les étoiles ...appelant sa fin...voulant disparaître du monde avec "son" monde...
Il existe une VF, une VOST (italienne évidemment)