"Point d'initiative sans la Vérité". Au début du siècle, à peu près personne ne savait que le monde est malade, - des auteurs comme Guénon et Coomaraswamy prêchaient dans le désert, - tandis que de nos jours, à peu près tout le monde le sait ; mais il s'en faut de beaucoup que tout le monde connaisse les racines du mal et puisse discerner les remèdes... ".
Le titre de ce livre se réfère, dans son sens le plus général, à la fois à son thème métaphysique et à sa dialectique. Il exprime le plus fondamentalement la multiplicité des aspects de Mâyâ, la Relativité universelle, en tant qu'ils masquent--à la fois pour le voiler et le révéler-- le Sujet unique et suprême, le Moi divin, Atmâ. Dialectiquement parlant, ce titre suggère la variété des voies dans lesquelles Schuon propose d'approcher la Réalité ultime et ses corrélations spirituelles. La diversité des approches est motivée par un désir de clarté et d'intégralité.
Dans cette oeuvre, peut-être plus encore que dans d'autres, Schuon traite de la condition humaine à la fois dans la "projection cosmogonique", comme manifestation d'Atmâ à travers Mâyâ, et en relation avec les portes spirituellement libératrices--vérité, prière et beauté--qui donnent à l'existence humaine sa signification et ses prérogatives. La transcendance et l'objectivité sont les prérogatives fondamentales de l'humain aux niveaux de l'intelligence, de la volonté et de l'amour. L'objectivité est comprise par Schuon comme étant la conformité intégrale à la nature des choses grâce à laquelle l'homme atteint sa "possibilité céleste". Cette possibilité est en un certain sens déjà comprise dans le mystère de la Manifestation qui voit Atmâ devenir Mâyâ de telle sorte que Mâyâ deviennent Atmâ : la Toute-Possibilité divine exige qu'elle soit connue "de l'extérieur", à savoir par un être qui est "illusoirement" différent de Dieu tout en participant directement de l'Intellect divin. La faculté d'intelligence est le centre même de l'homme et elle peut être identifiée comme telle avec "l'homme intérieur", par opposition à "l'homme extérieur" qui vit à la périphérie de l'être. En ce sens, "l'homme extérieur" est le "masque" de "l'homme intérieur". Seul le Sage est pleinement conscient de la relation entre ces deux dimensions parce qu'il s'identifie parfaitement à "l'homme intérieur", ce qui lui permet d'objectiver son "masque" humain.
L'homme doit être un témoin de l'Être nécessaire dans le monde de la contingence, et il le fait, d'abord en se souvenant de l'Absolu -- dans la prière -- grâce au "passage libérateur" de la Présence divine -- , et deuxièmement en "ramenant" les contenus positifs de Mâyâ --la beauté intérieure et extérieure-- à leurs racines en Dieu. Lorsque l'homme est infidèle à cette vocation, il reste "extériorisé" et "horizontal". Ces deux vices caractérisent et manifestent la Chute, ou le Péché originel, auquel Schuon consacre un chapitre des plus éclairants.
Traitant du climat spirituel et moral nécessaire au retour de l'homme à Dieu dans deux chapitres sur "l'intention" et sur la "charité", Schuon dissipe une série de préjugés modernes qui éliminent ou vicient la signification spirituelle de la véracité et de la compassion en les réduisant à des catégories psychologiques ou politiques.
L'objet de ce livre est, une fois de plus, de fournir aux chercheurs spirituels de notre époque des clefs fondamentales qui puissent les aider à redécouvrir leur vraie nature : la prise de conscience de la Réalité avec toute leur intelligence, leur volonté et leur âme.