Il a fallu dix longues années pour que Thomas Sanchez arrive au bout de ce roman, véritable chef d'œuvre qui marque un tournant dans la carrière de l'écrivain américain. Sanchez y reprend l'un des plus grands classiques de la littérature sans pour autant sombrer dans la platitude des reprises. L'incident qui marque le lancement de l'intrigue peut, en effet, paraître facile, mais donne naissance à une histoire d'amour d'un érotisme et d'une violence inattendus, où s'enchevêtrent les éléments d'un drame humain et passionnel.
Un chercheur américain, professeur d'histoire de l'art, s'intéresse de près à la vie du peintre espagnol Zermano, (ou faut-il y voir Picasso ?)ou plus exactement à celle qui était sa muse et qui est restée une ombre évanescente et dont l'existence réelle n'est attestée que par quelques toiles. Il réaliste alors une découverte que jalouseraient de nombreux chercheurs : une correspondance, enfouie, depuis près d'un demi siècle, dans un panier appartenant à Louise, est enfin retrouvée. De cet échange épistolaire, interrompu de temps à autre par les pérégrinations du professeur, jaillit une magnifique histoire d'amour. Au fil des missives, des passions et des drames, Louise, la muse, refait progressivement surface jusqu'à donner l'impression de revenir à la vie, et de faire entendre sa voix. Sanchez avance par une métaphore certes usée mais géniale, une incarnation sensuelle et violente de la France meurtrie de la Seconde guerre mondiale.
Que dire d'autre, sinon que la composition est originale, les personnages attachants, le style poétique... Le Jour des Abeilles est un livre qui vous tiendra en haleine et que vous dévorerez certainement jusqu'à la dernière page.
Sarra El Khal