Extrait de l'introduction :
En1882, Sir Richard Burton et F.F. Arbuthnot fondaient la Kama Shastra Society à Londres. Elle avait l'objectif de publier et faire connaître la «littérature érotique hindoue». L'année d'après, elle éditait la version anglaise de l'oeuvre du grand sage Vatsyayana, à propos de laquelle on disait en Inde qu'aucune bibliothèque sanscrite ne pouvait se dire complète si elle n'en comprenait pas un exemplaire. Cette oeuvre était Le Kama Sutra. Au cours des années suivantes, d'autres volumes furent édités, parmi lesquels L'Aranga-Nanga et Le Jardin parfumé. Arbuthnot trouva les textes et en fit une première traduction, mais Burton les remania complètement et réinterpréta de nombreux passages, leur imprimant un style extrêmement personnel, d'un charme archaïque parfois veiné de grandiloquence (qui amena certains critiques à y déceler une correspondance avec le courant pré-raphaélite, dans l'univers pictural). La traduction française que nous proposons se base sur le travail de Burton, elle en conserve donc le style si particulier, avec les adaptations nécessaires.
C'est donc à Burton et, dans une moindre mesure, à son ami Arbuthnot, que nous devons la diffusion de ces oeuvres en Occident, même s'il faut attendre les années 60 pour que l'enthousiasme suscité par tout ce qui venait de l'Inde les fasse connaître au grand public et leur réserve une place de choix parmi les grandes oeuvres littéraires.
La personne de l'auteur et explorateur Richard Francis Burton est voilée d'un nuage de mystère à tendance sulfureuse que renforce la description de son aspect physique fournie par les chroniqueurs de l'époque : «...une expression sinistre... des yeux semblables à ceux d'une bête féroce...». Né dans le Devon en 1821, officier de l'infanterie indigène de Bombay pendant quelques années, il se consacra successivement aux voyages et aux explorations, étanchant ainsi sa soif de connaître et réalisant quelques entreprises peu ordinaires ;
entre autres, il est l'un des premiers Occidentaux à être entré à la Mecque, en 1853, où il se rendit déguisé en pèlerin. Il participa à plusieurs expéditions en Afrique, dont la plus remarquable l'amena à découvrir, en compagnie de John Speeke, le lac Tanganica. Revenu en Angleterre, il se consacra, avec quelques autres personnalités du monde littéraire, comme Forster Arbuthnot, à la traduction et à l'étude passionnée des textes érotiques orientaux, ce qui lui permit de tirer profit de sa connaissance approfondie du sanskrit et des langues arabes. La mort le surprit en 1890 à Trieste, où il avait exercé les fonctions de Consul.