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3.0 étoiles sur 5
Assez agaçant, en dehors de Semionova, 22 février 2011
Marius Petipa était un génie modeste, qui ne croyait pas que sa chorégraphie puisse se passer d'un bon livret, d'une bonne musique, de beaux décors et de beaux costumes. De nos jours, certains pensent avoir dépassé ce stade, et ne voient même plus l'intérêt de raconter une histoire intelligible dans un cadre cohérent. Je suis agacé par cette prétention moderne (qui ravage tout particulièrement le monde de l'opéra). Ne craignant pas d'afficher ma bêtise, j'estime qu'un spectacle doit se suffire à lui-même, sans qu'il soit nécessaire de connaître le livret ou de faire référence à des versions plus classiques de la même œuvre.
Après ce préambule, on aura deviné tout ce qui m'horripile dans cette lecture moderne du « Lac des Cygnes » :
- on en peut pas dire que le décor soit laid, puisqu'il n'y en a pas (car on ne saurait qualifier de décor la sorte d'étrave de navire qui traîne au fond de la scène).
- les costumes, d'inspiration 1930 (comme toujours pour les mises en scène qui se prétendent modernes !) sont insignifiants à l'acte I, un peu plus élégants à l'acte III.
- comme dans la version Noureev, le personnage de Rothbart se confond avec celui du précepteur, et est censé représenter les forces qui répriment la libido du jeune prince... Pourquoi pas, sauf que cela est à peu près incompréhensible pour le spectateur.
- il n'y a aucune pantomime, que le chorégraphe juge totalement dépassée dans un ballet moderne. Cette absence oblige le spectateur à déjà bien connaître le ballet.
- le spectacle est filmé avec une belle qualité d'image et cinq caméras, mais quatre sont placées un peu trop près de la scène, et deux trop en hauteur.
Heureusement, tout n'est pas si agaçant, et la danse est plus satisfaisante. Heinz Spoerli, chorégraphe très expérimenté, sait tirer le meilleur parti de l'effectif réduit de sa troupe, et du nombre limité de ses solistes. Aux actes II et IV, les cygnes ne sont qu'une vingtaine, et si leurs évolutions n'ont pas la fascinante complexité des grandes versions (Mariinsky, Paris...), elles remplissent la scène de manière convaincante. Aux actes I et III, le corps de ballet ne produit pas grand-chose, et il y a un bon nombre de figurants qui ne sont là que pour occuper l'espace. Les nombreux solos et danses de caractère de la version originale tiennent ici une place assez réduite, et l'on voit seulement :
- à l'acte I, un pas de trois assez agréable,
- à l'acte II, les quatre petits cygnes sont médiocres, et les grands cygnes seulement deux,
- à l'acte III, les solos des quatre princesses sont suivis d'un pas de cinq, et tout cela est plaisant sans atteindre des sommets. Vient ensuite une « danse russe » inventive, et interprétée avec énormément d'élégance et de brio par la danseuse Yen Han et cinq danseurs.
Dans le rôle de Rothbart, Arsen Mehrabyan (au torse ridiculement peint en rouge pour être assorti à sa veste : ne pouvait-il simplement la boutonner ?!) n'est pas assez incisif pour être le démiurge qu'il interprète. Stanislav Jermakov (le prince Siegfried), assez trapu, n'est pas le plus élégant des danseurs, mais sa technique est solide, et ses sauts et ses pirouettes sont bien assurés.
Enfin, l'atout majeur du spectacle est la présence de l'excellente Polina Semionova en Odette/Odile. Grande (une tête de plus que les autres cygnes) et un peu osseuse, elle déploie la grande technique russe, dans un rôle qui est comme une seconde nature pour les danseuses formées au Bolchoï. Elle domine largement la distribution, et l'on ne regarde qu'elle quand elle est sur scène. Si elle n'est pas, de par sa taille, l'Odette la plus vulnérable qui soit, elle est un cygne noir impressionnant d'envergure et d'autorité. (La chorégraphie, pour ce qui la concerne, est intégralement celle de Petipa, sans une once de Spoerli : quand on a la chance d'avoir une grande ballerine invitée, sans doute la laisse-t-on danser comme elle l'entend.)
Globalement, un spectacle inégal, à cause d'un pseudo-modernisme qui me semble en fait assez dépassé. On en a trop vu, de ces spectacles ésotériques et sans décor, pour ne pas s'irriter que l'on continue dans cette veine, heureusement un peu atténuée ici.
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