Un ouvrage touffu, dense, précis sur l'histoire libanaise qui se donne pour objectif de décrypter ce pays si complexe et attrayant sans tomber dans la caricature du conflit qui se résumerait à une éternelle querelle de communautés religieuses sous l'influence des relations internationales. Georges Corm s'attache notamment à démontrer que le Liban ne se réduit pas à un conflit inter-ethnique ou religieux, les lignes de fracture étant multiples, souvent internes aux communautés elles-mêmes, victimes de leurs élites plus ou moins corrompues, plus promptes à se partager les rennes du pouvoir ("les fromagistes") qu'à s'entendre sur l'émergence d'un Etat fort et unitaire.
Car le grand intérêt de cet ouvrage à mon avis, outre son côté encyclopédique, est de démontrer à travers un rappel historique très long que le Liban a une histoire propre (du Mont-Liban au Grand Liban), qu'il constitue stricto sensu une nation.
Sous le travail très sérieux, limite rébarbatif, de l'universitaire qu'est Georges Corm, on sent percer de la tristesse voire de la colère face à la situation de son pays victime de l'incapacité (ou de la volonté) de (certains de) ses responsables à constituer un Etat indépendant, qui ne soit plus le jouet de chefferies communautaristes déconnectées du peuple (Georges Corm insiste - c'est un autre intérêt de l'ouvrage - sur les facteurs économiques de Liban), elles-mêmes parfois le jouet des grandes puissances internationales qui ne voient dans le Liban qu'un Etat tampon du conflit israélo-palestinien.
Cela a été écrit avant qu'Israël n'envahisse il y a un an le sud Liban. Le chemin semble donc encore long vers une paix et un développement durable.