Jack, un enfant vagabond, vit avec une bande de jeunes qui partagent la même condition que lui, squattant les toits d'une ville aux allures de village à la "Pinocchio". Un jour, la bande soumet le garçon à une sorte d'épreuve du courage : Il doit pénétrer seul le vieux manoir de la forêt, et ainsi mériter le respect de ses ainés. Il y dérobe un livre mystérieux qui, aussi fantastique que cela puisse paraître, raconte sa vie, au point de s'écrire au fur et à mesure de ses aventures !
Rapidement dérobé par un camarade jaloux, ce livre pourrait devenir une malédiction s'il était écrit par quelqu'un de manière malveillante. Mais Jack n'est pas seul. Sam, une adolescente avec qui il entretient des liens très affectifs, l'accompagne...
C'est à reculons que je me suis lancé dans cette aventure, car j'étais resté très déçu après avoir lu
Orull le faiseur de nuages, un conte laborieusement enfantin écrit par le même scénariste, à savoir Denis Pierre Filippi. Ce furent les superbes planches d'Olivier Boiscommun qui me donnèrent envie de lire cette œuvre. Bien m'en a pris, puisqu'elle est merveilleuse, dans tous les sens du terme.
Enfant, je me souviens, nous avions un jeu avec les copains de mon quartier : Il s'agissait de pénétrer les maisons abandonnées. Il y en avait des tas (c'est devenu rare aujourd'hui) et certaines étaient aussi terrifiantes que fascinantes. Notre fantasme était d'y découvrir des mystères et des trésors insoupçonnés. Et c'est précisément ce fantasme que le présent récit se propose de réaliser !
Le principal attrait de cette bande dessinée réside dans le décor choisi pour nous conter cette histoire : Une sorte de petite ville aux accents gothiques, entre le village champêtre et le Londres de Charles Dickens. Qui peut savoir à quelle époque se déroulent ces événements ?
Il y a du
Oliver Twist, du
Pinocchio et du
Alice au pays des merveilles dans cette atmosphère onirique où les personnages pénètrent un monde fantastique dans lequel la réalité s'éloigne de plus en plus au fur et à mesure que leur destin évolue. Mais malgré ces références auxquelles on pense rapidement, "le Livre De Jack" possède une voix suffisamment propre pour demeurer original et unique en son genre. Il fait partie de ces histoires qui nous font regretter de ne pas les avoir imaginées et écrites nous-mêmes...
Le dessin est au diapason : dans un style proche de celui de Loisel, il nous happe immédiatement.
Il est évident que "le Livre De Jack" nous parle du destin. Dans un sens, il s'impose comme une allégorie implacable sur les racines de la destinée humaine, qui ne peuvent se développer que dans la mesure où on les entrave. Elles chercheront alors un moyen de survivre, dans une course désespérée vers la liberté. Le fait que cette histoire s'appuie sur des enfants démunis et sans présence parentale enfonce encore le clou : L'idée, incroyablement mélancolique, que nos parents ne soient là ni pour nous protéger, ni pour nous spolier de nos choix, entérine le principe que la vie n'a de sens que si l'on est libre de notre destin.
Ce merveilleux voyage, qui se lit d'une traite, se poursuit et se termine dans
Le Livre de Sam, par les mêmes auteurs.
Ce qui me retient d'une cinquième étoile est justement cette vitesse de lecture, car j'aurais aimé que les auteurs exploitent davantage tous les ressorts de leur concept en développant quelques scènes d'exposition. Le fait qu'ils aillent à l'essentiel n'est pas un mal, mais il semble qu'ils prennent la forme de leur histoire un peu à la légère, dans le sens où les motivations de leurs personnages manquent d'épaisseur. Le récit aurait gagné à étoffer quelques seconds rôles, notamment celui de "Stan", qui semble évoluer au grès du hasard de l'intrigue.
Il y a tout de même suffisamment de substance merveilleuse dans cette histoire pour ne pas la rater. Surtout si, comme pour moi, elle réussit à faire renaître l'enfant qui demeure caché au fond de vos souvenirs...