Le Mahâbhârata est un récit extraordinaire. C'est bien entendu une des deux épopées fondatrices de l'hindouisme, mais c'est aussi, de façon plus générale, un récit passionnant et riche en enseignements (on peut le rapprocher à certains égards de l'Iliade). Nul besoin de s'intéresser à l'hindouisme pour apprécier sa lecture. Par contre, c'est une lecture essentielle à toute personne s'intéressant un minimum à l'hindouisme ! Serge Demetrian nous rend (enfin) le Mahâbhârata accessible et plaisant ! Comme dans sa version passionnante du Râmâyana, il écrit majoritairement en prose mais utilise aussi les vers pour respecter un minimum la forme originelle de l'oeuvre. Il fournit par ailleurs un glossaire détaillé, un arbre généalogique (extrêmement utile, surtout si on fait une pause entre deux chapitres !) et a fait illustrer certains passages.
Mais qu'est-ce que le Mahâbhârata ? C'est tout d'abord l'histoire d'une famillle entière, les Bharata, dont deux branches, les Kaurava et les Pandâva, vont s'entretuer. Pourquoi ? Les premiers parce qu'ils ont toujours jalousé leurs cousins et qu'ils ne sont pas prêts à les laisser régner ne serait-ce que sur un village minuscule ; les seconds parce qu'ils ont enduré trop d'humiliations et de coups bas aussi révoltants qu'injustes de la part de leurs cousins. J'avais toujours cru que la guerre occupait la majeure partie du récit et redoutait ainsi un peu sa lecture, mais d'une part ce n'est pas le cas (le récit commence avant la naissance des combattants), et d'autre part Serge Demetrian a rendu sa lecture aisée.
Mais ce n'est pas simplement le récit d'une guerre fratricide, c'est une étude sur la vertu et sur la morale que chacun d'entre nous doit respecter (entre autres). L'objectif de Vyasa, l'auteur officiel, est ambitieux : " Ce qui se trouve ici se trouve aussi ailleurs, Ce qui ne se trouve pas ici Ne se trouvera pas non plus ailleurs. " Le Mahâbhârata est en fait la somme de TOUT ce qu'il faut savoir. On y apprend que " Les succès obtenus par la guerre sont semeurs de désastre ", que " C'est un devoir d'exterminer un ennemi implacable. ", ce qu'est la courbe de l'avilissement humain (page 325 précisément), et que " si l'ennemi est plus fort, on recourt à la ruse " alors que la ruse est normalement condamnée parce qu'indigne d'un héros. On y découvre surtout la très célèbre Bhagavad Gita, traduite en Français par " Chant du Bienheureux ", source de très nombreux commentaires tant son contenu est dense est porteur de sens.
Attention, nul manichéisme dans cette histoire, les héros vertueux ont parfois recours à des méthodes peu honorables pour vaincre leurs ennemis : mensonges, ruses, coups déloyaux... Le Mahâbhârata est complexe, dense, et inépuisable ; on y retrouve des représentants des trois mondes : dieux, démons, humains, et mieux vaut avoir lu un résumé de l'histoire, même très court, avant de se lancer. Ce récit devrait donc donner envie d'en apprendre plus sur le sujet et permettre de se lancer dans des lectures de commentaires ou des traductions plus difficiles !