Réalisé par l'académique Jean Delannoy, qui mine de rien vécut un peu plus de cent ans (ou comme quoi l'académisme conserve) et signa surtout des mélodrames ('L'éternel retour', 'La symphonie pastorale', 'Notre-Dame de Paris'), d'après un scénario original de l'auteur tout-terrain Jacques Robert (créateur notamment de la pièce 'Marie-Octobre'), dialogues du monument Henri Jeanson (il ne signa plus que quatre autres dialogues de films après cela avant de mourir en 1969), musique du prolifique Paul Misraki, ce film en noir et blanc de 1965, présenté dans une version restaurée (image et son) par 'Les films du collectionneur,' illustre les méfaits d'un majordome bien particulier.
Paul Meurisse, le plus asiatique de nos acteurs d'antan, impérial, est de jour le majordome de l'avocat général Noël Roquevert (génial comme toujours), qui a beaucoup fait à ce titre pour la guillotine, mais qui vieillit et faiblit, et de nuit Mr. Léopold, le juge des malfrats, qui siège dans l'arrière-salle du bistrot de Micheline Luccioni, une ancienne maîtresse, et y pallie à la défection de son employeur, hanté désormais par les fantômes de ses 'victimes'.
Le 'Chat', un célèbre et bien mystérieux voleur que joue le Suisse alémanique Paul Hubschmid (qui fit une carrière internationale au cinéma), fait appel à lui pour recruter les membres du futur commando avec lequel il compte s'emparer de six tonnes d'or que les Russes doivent livrer par air aux Français.
C'est là qu'entre en jeu la femme idéale aux yeux du majordome, Geneviève Page (très classe comme d'habitude), la fiancée du 'Chat' qui est chef de bande la nuit, mais chef de clinique le jour. Préférant « le périssable à l'inaltérable », le majordome, intègre, lucide et efficace, n'hésite pas « entre l'or et le corps » et « même s'il ne s'agit pas d'un simple hold-up, mais plutôt d'une opération de bourse », à l'heure où « les lingots volent bas et le caviar tombe du ciel », décide de laisser parler son c½ur : de sa Belle « sa bouche est un enfer et son baiser un paradis ». Et bien sûr il s'en suivra bien des péripéties...
Dominique Zardi, Jacques Seiler, Henri Lambert, Paul Préboist et Guy Delorme sont quelques uns des seconds rôles marquants du long-métrage dans lequel apparait à la fin un certain... (comme c'est une surprise, je vous la laisse !). Mais bien sûr le film doit tout à l'inaltérable Paul Meurisse comme aux savoureux dialogues d'Henri Jeanson (« Je te regarde toujours comme avant, mais je te vois désormais comme après ! ») qui vous feront tous deux passer un bien agréable moment ! Et que vive le cinéma d'antan, même en noir et blanc : il reste pétillant !