Dans un manoir isolé, "Hadès" veille d'un amour étrange sur Lola. Il la couvre de baisers, d'attentions, lui récite à l'envi ses poèmes préférés. La quitter, pour lui, est toujours un déchirement. Seulement voilà, l'amoureux transi est aussi un tueur en série et il faut bien, de temps en temps, qu'il aille accomplir sa fatale besogne... D'un studio parisien, "Hadès" espionne en effet les passants dans la rue, les affuble de numéros, puis sélectionne ceux qui méritent à ses yeux le châtiment suprême. Un châtiment qu'il administre d'une manière radicale: en décapitant ses victimes d'un coup de faux!
L'oeuvre de Thierry Jonquet est l'une des plus originales du polar français et à l'intérieur de cette oeuvre, ce "Manoir des Immortelles" brille d'un éclat aussi étincelant que macabre. Placé sous le signe de la mort, il a toutes les apparences d'un roman policier traditionnel: des cadavres, des indices, un commissaire qui mène l'enquête... Mais est-ce bien cette enquête qui importe le plus? Non, ce qui importe, ici, c'est la mise en parallèle de deux attitudes face à la douleur et au deuil, l'une incarnée par "Hadès", l'autre par Salarnier, le flic qui le traque et dont l'épouse est précisément en train de succomber à "une longue maladie" sur un lit d'hôpital.
Comment supporter la perte d'un être cher? L'Amour peut-il vaincre la Mort? Faut-il se résigner à l'inévitable ou se révolter contre celui-ci par tous les moyens, y compris les plus terribles, au risque d'y laisser sa raison? Voilà les vraies questions qu'agite ce livre. Des questions délicates, que Jonquet traite avec délicatesse, voire pudeur, d'une prose qui ne s'attarde jamais inutilement sur les scènes "gore" et qui sait distiller à bon escient un humour salvateur.
Une réussite de plus au crédit de cet excellent romancier trop tôt disparu.