Avons-nous réellement dépassé le stade de la menace du cauchemar totalitaire tel que George Orwell nous en avait avertis en en nous montrant les effets dans « 1984 » ? Peut-être, mais ce monde totalitaire pourrait prendre une autre forme, laquelle serait, selon Aldous Huxley cette fois, une évolution de ce que, collectivement, nous recherchons tant : un état de bien être social et psychologique. Aldous Huxley avait écrit « Le Meilleur des Mondes » environ une quinzaine d'années avant que « 1984 » ne paraisse, et pourtant il est peut être plus effrayant encore que ce dernier. Quoiqu'il en soit, il nous faut tout de même bien admettre, que notre société moderne ressemble de plus en plus à ces effrayantes visions.
Représentez-vous cette description ironique d'une populace dopée aux antidépresseurs, isolée et divertie par de futiles préoccupations ne réclamant jamais aucune intelligence, que dans "Le Meilleur des Mondes" nous ne pouvons que comparer aux loisirs choisis pour nous et à la consultation d'Internet à la recherche de sites pornographiques et de rencontres sans lendemains. Dans ce monde d'Aldous Huxley, ce monde meilleur que tous les autres, nous oublierions totalement tout ce qui ne nous concerne pas personnellement, et serions tout à fait inconscients du degré auquel nous somme socialement, économiquement, et politiquement influencés. Ça a un air de déjà vu, n'est-ce pas ?
Gardez à l'esprit, nous dit Aldous Huxley, que la force brute n'est pas la seule méthode dont l'oligarchie fait usage pour influencer, organiser, et finalement contrôler nos libertés de pensée et d'action si durement gagnées ; cela peut tout aussi bien être obtenu par trop d'indulgence et par les promulgation et fertilisation délibérées de l'apathie engendrée par la focalisation de nos esprits sur des sujets futiles et créés de toutes pièces pour la circonstance.
Aldous Huxley dit lui-même, en 1960, presque trente années après la publication du « Meilleur des Mondes » et dans sa préface de sa version revue de ce livre, combien il est alarmé de voir la rapidité avec laquelle ce genre d'évolutions qu'il avait imaginé pourrait se matérialiser en seulement une centaine d'année, avec l'apparition de l'internationalisme et des grandes entreprises multinationales non-officiellement contrôlées par des Etats aux visées collectivistes oligarchiques, déjà en train d'apparaître et de contrôler de plus en plus de nos existences sociales, économiques et politiques. Par exemple, que savons-nous de notre monde, au-delà de ce que nous en entendons et en voyons à la télévision ? Les media électroniques ne sont-ils pas déjà dirigés et contrôlés par de tels Etats agissant sous couvert de société privées multinationales ?
Voila déjà de quoi nous sentir un peu mal à l'aise, non ?
Pourtant, tout le monde vous dira avec toute l'insistance requise que des livres tels que « Le Meilleur des Mondes », « 1984 », « Fahrenheit 451 », et tout dernièrement « Grandoria », ne sont rien d'autre que fantaisies relevant exclusivement du domaine de la littérature fantastique, qu'il ne s'agit que de satyres ou de fables, que l'auteur ne parlait pas vraiment sérieusement. Ne s'agit-il pas que romans, en effet.
Vous voulez en savoir plus ? Alors lisez « Le Meilleur des Mondes » ; mais lisez-le lentement et attentivement, prenez des notes, même, identifiez et comptez toutes les similarités que vous trouverez entre les fantaisies de l'auteur et notre monde actuel. Après quoi, tentez de déterminer à quelle distance notre monde se trouve du « Meilleur des Mondes », et quel chemin il nous reste encore à parcourir pour y être totalement. Les plus jeunes d'entre nous apprécient et en arrivent même à sincèrement aimer, eux, comment sont conditionnés et connectés les infortunés héros de « Matrix », et pourtant combien d'entre eux, parmi les moins chanceux, réalisent combien le monde dans lequel ils vivent y ressemble. Oui, on leur apprend bien, même si c'est évidemment de la faute à personne, à occuper une place précise dans notre société contemporaine, sans grand espoir de changement pour un mieux, et à répéter ce que les media leur enseignent, et à devenir des clones dépourvus d'individualité et d'amour propre, répétant tous la même chose, ayant tous les mêmes goût, les mêmes opinions, les mêmes envies, les mêmes vêtements de la même couleur, le même refus d'eux-mêmes pour adhérer le mieux possible au même modèle de pensée unique et collectiviste au sein de laquelle le bonheur est tenu pour suspect.
Bienvenue dans notre cauchemar, donc. Mais prenez garde... Ça ressemble à ce que d'aucuns nomment "le Nirvana", et c'est bien "Le Meilleur des Mondes".