Petit illusionniste et escroc sans envergure au Kansas, Oscar Diggs se retrouve pris dans un cyclone qui le dépose aux portes du pays d'Oz. Tous - des trois sorcières aux petits Munchkins en passant par les artisans ferblantiers - espèrent en (ou craignent) la venue d'un grand Magicien (un messie, en d'autres termes) qui changera à tout jamais le destin de leur monde. En dépit de tous ses défauts, Oscar pourrait-il être ce héros qu'ils espèrent ?
Ce film, magnifique, aurait bien pu ne jamais voir le jour. En effet, L. Franck Baum a écrit une douzaine de romans autour du Cycle d'Oz que Walt Disney envisageait d'adapter depuis le milieu des années 30. Mais, accaparé par la production de "Blanche-Neige et les 7 Nains", il laisse échapper les droits du roman inaugural, "Le Magicien d'Oz". 20 ans plus tard, il se rattrapera en rachetant les droits de tout le reste de la série mais entre-temps, la MGM (dont le catalogue est aujourd'hui dans les mains de Warner Bros.) a fait du premier titre un film-culte avec Judy Garland. On le sait relativement peu en France où l'oeuvre est mal connue, mais "Le Magicien d'Oz" est quasiment sacré aux États-Unis où il atteint une notoriété (et une côte de popularité) proche de 100%. En 1985, une première tentative de donner une suite à ce film avait déjà été effectuée par les Studios Disney ("Oz, un Monde Extraordinaire") mais même si les fans de l'oeuvre originale ont salué sa fidélité à L. Frank Baum, le public n'avait pas suivi.
Cette fois, Disney a mis les petits souliers dans les grands, à partir d'une idée à la fois très (trop ?) à la mode et pourtant si évidente après coup : plutôt que de raconter la suite ou de tenter le remake impossible d'une oeuvre "intouchable", pourquoi ne pas plutôt remonter à la genèse du monde d'Oz ? Autrement dit, un "pré-quel" (par opposition aux suite, "sequel" en anglais) pour raconter comment le magicien - et bien - est devenu le magicien.
"Le Monde Fantastique d'Oz" est donc une superproduction au budget certes imposant mais où chaque dollar a été dépensé à bon escient. Le choix du réalisateur tout d'abord : Sam Raimi (la trilogie Spider-Man) est à l'aise avec les effets spéciaux mais il respecte aussi les codes du genre féérique, il n'impose pas sa "patte" plus que de raison. Le scénario est intelligent et plein de surprises : certes, pour le public européen peu familier d'Oz, les évènements s'enchaînent sans qu'on les devine mais la gageure était aussi de plaire à tous ceux qui connaissaient le film avec Judy Garland. Rappelez-vous les difficultés narratives de la "nouvelle" trilogie de Star Wars, quasiment sans suspense puisqu'on savait ce qu'il allait advenir d'Anakin Skywalker depuis le début. Ici, si l'on devine l'évolution d'Oscar Diggs, on est surpris par celle des sorcières (mais je n'en dirai pas plus). L'une des plus belles trouvailles du scénario est aussi l'hommage rendu aux images animées, à l'esprit lanterne magique, et aux pionniers du cinéma (en l'occurrence Thomas Edison) mais là aussi, surprise... Chapeau (pointu) enfin au casting : James Franco apporte ce qui commence à manquer à Johnny Depp dans les productions Disney (la jeunesse et l'allant !) et le trio de sorcières (Michelle Williams, Mila Kunis et Rachel Weisz) est tout simplement magique.
Mais ce qui surprend et emporte l'adhésion au final, c'est la superbe direction artistique, la flamboyance des décors et des couleurs. Oui, c'est un peu kitsch mais ce kitsch est un hommage au film de la MGM et, de plus, il est propre au genre : la féerie cinématographique. Si les effets spéciaux sont bons, ils ne sont pas envahissants : parfois le décor est visible pour ce qu'il est, un décor, mais c'est aussi dans les conventions du genre. Et surtout, voici sans doute la plus belle utilisation de la 3D depuis "Avatar". Jadis, les spectateurs étaient émerveillés par le passage du noir et blanc à la couleur (quand Dorothy arrive au Pays d'Oz, le film passe en Technicolor). Ici, cette convention est conservée (les scènes du début sont en noir et blanc) mais bien sûr, le passage à la couleur n'a plus l'intérêt qu'il avait en 1939. Là, on passe donc du noir et blanc en format 4/3 avec une 3D "immersive" (qui vous fait entrer dans l'écran) à la couleur en format Cinémascope avec une 3D "jaillissante" (qui sort de l'écran). Oui, on se croirait un peu à Disneyland quand on baisse la tête pour éviter une lance ou un mauvais sort, mais quoi de plus magique quand on emmène les enfants au cinéma que de les voir y croire à ce point ? ! C'est d'ailleurs le film le plus susceptible de vous (me) convertir à la télé 3D et au blu-Ray 3D quand il sortira tant cette technologie apporte à l'histoire.
"Le Monde Fantastique d'Oz" s'inscrit dans la grandes tradition des films d'aventure et de magie propres à Disney, comme "20 000 Lieues sous les Mers", "Mary Poppins" ou plus récemment le "Alice au Pays des Merveilles" de Tim Burton (avec lequel d'ailleurs il présente des similarités stylistiques, et les musiques de Danny Elfman). Et la preuve que la magie n'a pas d'âge.