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Dans la première partie de
Mort à crédit, Louis-Ferdinand Céline retraçait son enfance, entre une mère résignée et courageuse et un père raté, veule, humilié dans son travail et par ses voisins. C'est un peu sur le même modèle tragi-comique qu'Eric Reinhardt bâtit son deuxième roman (après
Demi-sommeil), dont la structure familiale est le personnage principal. Manuel Carsen est chanteur, pathétique et minable. Il écrit aussi. Sa femme et sa fille l'ont quitté. Cette séparation donne le coup d'envoi d'une évocation de sa jeunesse dans une famille de classe moyenne, entraînée par une spirale du désastre. Une mère monstrueusement économe, rationnant tout jusqu'au camembert. Un père raté, humilié au travail, spolié, abusé par tous, crétin dans l'âme, grand couillon devant l'éternel, cultivant échecs et désillusions. Une jeunesse passée à ingurgiter des gratins de courgettes, écouter France Inter, regarder
Starsky et Hutch et les
Têtes brûlées, entre deux engueulades...
C'est évidemment dans le rejet de ce milieu qu'avance joyeusement Le Moral des ménages, formidable règlement de comptes, lui-même renvoyé comme un boomerang par la propre fille de cet escogriffe sans scrupule, autre voix narratrice du texte. Eric Reinhardt brosse là un tableau de la classe moyenne, rongée de prétention, minée par les restrictions. Non pas la pauvreté, mais la misère qui se tient, celle qui vous fait rager, enrager, à devoir toujours compter, jouer les funambules, les équilibristes des cordons de la bourse. Une litanie longuement drolatique ,dans une veine toute célinienne (même si, ici et là, le texte souffre de relâchements stylistiques), qu'on rapprocherait aujourd'hui de celle de François Vallejo. --Céline Darner
Présentation de l'éditeur
Manuel Carsen, abandonné par sa femme et sa fille, n'a pas été à la hauteur de ses rêves. Diplômé d'une école de commerce, il a rapidement quitté son métier de représentant dans une centrale d'achats pour devenir chanteur. A quarante ans, il est un chanteur inconnu. En racontant son enfance et son adolescence, Manuel dresse le portrait d'une France frileuse dont il rejette les valeurs, celles de la classe moyenne. Chez les Carsen, il n'y a jamais deux lampes allumés dans la même pièce, le camembert dure une semaine, on ne va jamais au restaurant ni au cinéma. Le père, timide et complexé, dominé par sa femme, humilié par ses employeurs, subit chaque soir les sarcasmes d'un fils déchaîné. Mais aujourd'hui, Manuel comprend qu'il est un raté, comme son père, et que sa fille le méprise. Au discours plein de rage et de fureur qu'il débitait adolescent, répond, vingt ans après, la diatribe aussi cruelle de sa fille qui le traite de nul, d'égoïste et d'imposteur.