Dans un royaume imaginaire, un chevalier noble et courageux aide sans le savoir une "élue" à accomplir un rite millénaire qui doit faire d'elle une déesse. Mais des forces redoutables vont se dresser sur leur chemin...
Il est de ces œuvres étranges, que l'on peut penser excellentes tout en ayant du mal à les lire. "Le Mur De Pan" est de celles-ci. Personnellement, j'ai peiné à terminer les trois tomes. Il faut dire que Philippe Mouchel, auteur complet de cette saga, y va fort dans l'abondance de texte et la surcharge de vignettes. La plus-part de ses planches comportent en moyenne entre 10 et 14 cases (contre 6 à 10 pour l'ensemble de la production internationale) ! Le texte est omniprésent, limite envahissant. Les vignettes sont souvent très petites, linéaires et rendent la lecture extrêmement monotone. Le tout est peint dans une aquarelle monochrome grise et éthérée, pensée pour donner une ambiance de vieilles enluminures, mais le tout sonne triste et inachevé si l'on ne fait pas l'effort de s'immerger en profondeur dans chaque image, ce qui est difficile du fait de leur petitesse (le dernier tome voit néanmoins s'élargir la palette avec l'arrivée d'une gamme de tons pastels plus étendue). La série n'a d'ailleurs eu guère de succès à cause de son aspect rébarbatif.
Finir chaque page demande donc un effort particulier car il s'agit d'une bande-dessinée qui ne va pas vers le lecteur, mais qui lui demande au contraire de prendre du temps et de se concentrer.
Pourtant, l'histoire est réellement superbe. Au départ assez classique, elle va peu à peu s'étoffer et s'enrichir d'une multitude de personnages tour à tour truculents ou tragiques. L'aspect "héroic fantasy" du premier tome opère un virage radical dès le second album pour nous emmener dans un univers de science-fiction relativement abstrait (à base de sauts dans diverses dimensions, mais ne gâchons pas la surprise que nous réservent certaines révélations), mais incroyablement poétique.
Mouchel démonte au fur et à mesure de son récit tous les archétypes de la "fantasy" médiévale classique pour parachever un univers de plus en plus original et enchanteur. Et puis, surtout, ses dialogues sont incroyablement travaillés : Tous les personnages s'expriment dans un langage emprunté à la noblesse moyenâgeuse mais où s'insèrent ça et là des grossièretés bien de chez nous et des termes totalement inventés, faisant sonner le tout d'une façon crédible absolument bluffante ! Enfin, il fait preuve au niveau du texte d'une poésie vraiment très rare dans l'univers de la bande-dessinée, dont la "lettre", avouons le, n'est pas ce qui est toujours le plus remarquable. Exemple :
"- Docteur Trouss... Drôle de nom pour un tueur !
- C'est à cause de sa trousse de docteur... Ce type est un artiste... Un scientifique... Il étudie le client cas par cas... Jamais d'erreur de diagnostic... A la première consultation... Pan !... Le type est guéri de la vie !"
ou encore :
"- Tu fais un bien curieux truand, Jean Pigalles ! Combien d'humains as-tu vraiment assassinés ?
- Et ben... Pour dire le vrai, si on exclut les rixes entre copains, d'assassinés proprement dit, j'en ai pas encore fait... Mettons que ça c'est pas trouvé..."
"Le Mur De Pan" est une œuvre à part. Un succès plus important aurait certainement encouragé Philippe Mouchel à poursuivre son travail dans le 9° art. Mais hélas, il est depuis, passé à autre chose...