Cinq religieuses d''un couvent sont envoyées en mission à Mopu au Népal, dans un ancien harem transformé en dispensaire afin de soigner les enfants de la région, un endroit totalement isolé en haute montagne où elles sont contraintes de vivre en recluses. Là un aventurier anglais va cristalliser les fantasmes de ces femmes frustrées. Les désirs, les rivalités et les tensions vont s''exacerber en un crescendo d''une puissante intensité dramatique jusqu''à une explosion de violence et de folie meurtrière d''une modernité stupéfiante (on a du mal à croire que LE NARCISSE NOIR date de 1947 et il est difficile de voir ensuite des réalisations de cette époque sans les trouver bien désuètes !) . Ce film d''une grande sensualité est construit sur le réveil des sens des nonnes dans un lieu qui leur rappelle en permanence qu''il fut un somptueux palais du sexe, et sur leur vaine lutte pour préserver leur idéal de spiritualité contre les aspirations de leurs cœurs passionnés et de leurs corps tourmentés . LE NARCISSE NOIR a été entièrement tourné en décors artificiels qui permettent à Michael Powell et à Cardiff, son génial directeur de la photographie, de maîtriser chaque plan comme un peintre est maître de sa toile. Il en résulte une œuvre d''une perfection formelle absolue dans les couleurs, les lumières, le moindre souffle d''air, mais cette quintessence de la beauté , loin d''être froide comme le marbre, est constamment vibrante et flamboyante. Powell a entièrement recréé un univers imaginaire , celui d''une Inde lointaine et onirique , mais actualisée par des femmes fortement individualisées, avec des caractères intenses et photographiées d''une façon très moderne, audacieuse, originale . On ne remerciera jamais assez tous les responsables de la restauration hallucinante de ce chef d''œuvre pour un DVD coffret d''une exceptionnelle qualité , porté par l''admiration de Scorcese et de Tavernier. Bonus très instructifs pour les cinéphiles.