Revue de presse
Il y a bien aujourd'hui en France un " malaise dans la démocratie ". Est-ce parce que nous trahissons un modèle idéal dont nous aurions été plus proches hier qu'aujourd'hui ?
Peut-être, répond l'historien Pierre Rosanvallon, mais il y a surtout, dans l'idée même de la démocratie, le germe d'une crise permanente. Elle tient à la tension - féconde, nécessaire, mais toujours difficile à maîtriser - entre deux conceptions du peuple souverain. La première est politico-juridique, abstraite, attentive aux valeurs d'égalité et d'autonomie de l'individu, et donc par principe hostile à tout ce qui peut " enchaîner les hommes à une nature ", à un groupe social, à une histoire. Le peuple, collection d'individus égaux devant les droits politiques, " devient nombre ". A l'opposé, une conception sociologique, prenant en compte les appartenances concrètes, les traditions sociales et les intérêts économiques.
Rosanvallon retrace excellemment l'histoire de cette tension, mettant en parallèle le mouvement des idées, celui des symboles et celui des institutions. Au cours du XXe siècle s'établit un équilibre entre la " loi du nombre " et la prise en compte de la diversité sociologique, à travers la montée des corps intermédiaires (partis, syndicats...), et la création de représentations spécifiques.
La rupture de cet équilibre est l'un des aspects du malaise actuel, l'usure des institutions d'une part, l'emprise des populismes et des corporatismes de l'autre, s'entretenant mutuellement. Mais peut-être notre " crise de représentation " est--elle le signe avant-coureur d'un nouvel âge de la démocratie. --Gérard Moatti-- -- L'Expansion
Présentation de l'éditeur
Pierre Rosanvallon s'attache à construire l'histoire de cette question. Partant des formulations et des expériences de la période révolutionnaire, il reprend ensuite le fil des interrogations et des tâtonnements du XIXe siècle pour montrer comment s'est constituée, au tournant du XXe siècle, une démocratie d'équilibre. Le rôle reconnu aux partis politiques, l'adoption de nouvelles techniques électorales, la place faite à des corps intermédiaires comme les syndicats, le développement des sciences sociales même ont apporté des éléments partiels de réponse au déficit originaire de figuration.
Ce qu'il est convenu d'appeler la " crise de représentation " doit être compris comme résultant, depuis les années 1970-1980, de l'érosion de cette démocratie d'équilibre. Les transformations de la société et l'épuisement des institutions se sont alors conjugués pour faire retourner la démocratie à ses apories premières.