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Bien avant la question des philosophes, être ou ne pas être, ou la question des savants, connaître certainement ou ignorer, une autre question m'obsède : m'aime-t-on ? Y-a-t-il quelqu'un pour m'aimer ? Sans réponse à cette question, tout être et toute certitude tombent sous le coup de la vanité, qui leur demande à quoi bon ? Je me découvre alors en état de réduction érotique. On doit tenter de décrire les figures de la conscience, dans cette situation originaire : la nécessité absolue qu'on m'aime, et mon incapacité radicale à ne pas me haïr moi-même ; mon avancée unilatérale dans le rôle de l'amant ; le serment entre les amants qui fait surgir le phénomène érotique, unique et pourtant commun ; l'échange où chacun donne à l'autre la chair érotisée, que lui-même n'a pas, mais reçoit en retour ; l'acte sans fin, et pourtant toujours fini, de s'avancer chacun dans l'autre sans résistance ; la contradiction objective entre le temps court de jouir et le temps long de promettre, qui rend estimable la jalousie et raisonnable la perversion ; enfin, l'attente jusqu'à la fin des temps d'un tiers témoin, qui part et qui s'anticipe.
L'amour, dans toutes ces figures, ne se dit et ne se fait qu'en un seul sens. Le même pour tous, Dieu compris. Car l'amour se déploie aussi logiquement que le plus rigoureux des concepts. Il précède tout et tout dépend de lui - les raisons des philosophes, les connaissances des savants et les choses du monde. Sans lui, tout est, mais tout est vain. Avec lui, tout devient possible, même et surtout l'impossible. - J.L.M.
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M'aime-t'on - d'ailleurs ?,
Par Latour07 (Paris, France) - Voir tous mes commentaires (#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR) (TOP 500 COMMENTATEURS) (TESTEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Phénomène érotique (Broché)
Jean-Luc Marion, normalien, récemment élu à L'Académie Française à la place du Cardinal Lustiger dont il fut l'un de ses conseillers, nous surprend avec bonheur dans ce livre de philosophie ayant pour sujet ce qui ne l'est jamais, l'amour."J'ai appris que jamais je n'aurais pu me demander "M'aime-t'on - d'ailleurs ?", si un autrui ne m'aimait pas le premier, lui aussi, lui d'abord. Il a fallu que j'entre en réduction érotique [radicalisée sous la forme "puis-je aimer moi le premier ?"] et que je m'avance sous la figure de l'amant, pour que la logique de l'amour me conduise insensiblement, mais inéluctablement à comprendre qu'un autrui m'aimait bien avant que je ne l'aime, moi. Il a suffi que j'en accepte la possibilité pour qu'elle devienne effective." C'est cette assurance qui "garantit l'ego contre la vanité." Je reprends les quelques phrases figurant sur wikipedia en accompagnement de la notice biographique de l'auteur : "Contrairement à Descartes, il affirme que ce n'est pas dans le repli de la conscience qu'elle peut se poser comme existante. Ainsi, c'est autrui, par son amour et l'intentionnalité de son acte d'amour, qui est capable de me poser comme subjectivité indubitable. L'amour d'autrui est érigé en condition de mon existence, en tant que subjectivité pensante." Faire l'amour, c'est s'engager dans la promesse d'éternité du serment, "Me voici", elle-seule permet à autrui de me donner ma propre chair. Eternité de l'engagement, unicité donc de l'engagement. "Par une conséquence logique, (le séducteur) recevra bien sa chair érotisée, mais sans personne pour la lui donner, ni (lui-même comme) personne pour la recevoir. L'immoralité du baratin tient donc d'abord à mon mensonge (faire accroire que je me manifeste en personne et veux voir une personne, alors que je ne désire qu'augmenter ma propre chair sans rien devoir à personne); ensuite au mensonge (implicite ou explicite) d'autrui, qui ratifie le mien. Sous ces deux formes, le mensonge consiste ici à nous prétendre les amants, que nous ne voulons surtout pas devenir. Dans le baratin, nous devenons des amants de vaudeville, autrement dit en régime de réduction érotique, des apparences d'amants, des mensonges d'amants." Fidélité du serment, dans l'engagement érotique, éternité, ces thèmes consolident la raison du croyant. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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