Voici le troisième livre que je lis de Patrick Süskind. Ce livre est traité sur le mode de la nouvelle puisque l'ensemble de l'action se déroule sur une journée d'août particulièrement torride. Le personnage a pour nom Jonathan Noël qui, suite à un mariage malheureux décide de mener sa vie seul, comme bon lui plaira. Il part à Paris et loue un appartement de sept huit mètres carrés, dans lequel il décide de s'établir définitivement. Il commençait à payer des traites pour se l'acheter avec son salaire de gardien de banque. Toutefois, il rencontre un dilemme inattendu : un matin de 1984 (voici trente ans qu''il vit à Paris), alors qu''il s''apprête à aller aux toilettes, il tombe nez à nez avec un pigeon, dont le regard l''effraie et le plonge dans un profond mal-être. Il décide alors de louer un autre appartement en attendant que le pigeon s''en aille. Le reste de la journée comprendra son lot de surprises, si bien que lorsque celle-ci s''achève, son opinion sur son existence entière se voit totalement bouleversée. Il prend la pleine mesure de l''ennui profond qui émane de sa vie autarcique, de la vanité de son travail (l''auteur le métamorphose en une simple marionnette, répétant inlassablement les mouvements qu''on lui fait faire sans même qu''il s''en rende compte), de son « inutilité » aux yeux du monde. Ainsi, l''opinion qu''il a de lui, de sa mission sur Terre change du tout au tout. Et que reste-t-il ? Une profonde amertume tant à son encontre qu''à celle des êtres humains en général. Ainsi, son temps de garde devient une étude socio-négative, analysant le comportement de chaque individu comme potentiellement néfaste. Au terme de cette journée, il envisage de se suicider le lendemain (la chambre dans laquelle il loge pour la nuit est en forme de cercueil, dont l''éclairage est à peine plus intense que celui de la boîte mortuaire). Mais, un lourd orage survient au cours de la nuit, s''achevant par une déflagration qui lui fera quitter non seulement son sommeil mais aussi sa réserve psychorigide. La peur qui en découle lui évoque son enfance, quand il était caché dans la cave de la maison pendant la seconde guerre mondiale. Une fois l''orage passé et la pluie tombée, il se décide à regagner son ancien appartement. Il se sent plus léger, saute dans les flaques d''eau avec plaisir comme un adulte voulant rattraper tout le temps perdu depuis son enfance, depuis laquelle il ne s''est plus jamais amusé (travail aux champs chez son oncle ; service militaire dans la foulée ; mariage malheureux et son travail de gardien de banque dans la foulée).
L''écriture de Süskind rend bien compte des aléas que subit la pensée étroite de son personnage, de sa prise de conscience à l''issue de cette journée inhabituelle dans son existence aussi aseptisée que son petit appartement rue de Sèvres. Ainsi, un simple pigeon vient fausser en quelques secondes trente années d''existence sans accroc. Dès lors, l''auteur tente de nous décrire en détails le peu de choses auxquelles tient la vie de Jonathan. Si le vocabulaire que sollicite l''auteur est riche et approprié, je serai toutefois plus réservé sur certains passages étonnamment redondants (beaucoup de répétitions d'un même mot en peu de phrases - déféquer, wc, la conjonction « et » ou déflagration), qui heurtent la fluidité de la lecture (probablement volontaire, mais cela me dérange). De même, certaines phrases me semblent bizarrement structurées, faute de virgules, de points-virgules. Mais beaucoup d''autres passages sont bien ficelés, de telle sorte que la lecture du livre reste plaisante, fluide et instructive.