Le monde de la musique n'est pas toujours juste: c'est à cause de l'échec de ce disque, "Le plaisir", publié en 2003, qu'Alain Chamfort fut remercié par sa maison de disques... Il faut croire que la chanson française est bien malade, ou que le public est devenu sourd, pour bouder la pop élégante et mélodieuse qui émane de ce disque. Exit les tubes disco et synthés calibrés FM qui étaient la marque de Chamfort... Nul n'a oublié "Manureva", "Bambou" ou "Paradis". Ici, le chanteur de "Traces de toi" n'hésite pas à assumer l'héritage de ses idoles: le clip des "Beaux yeux de Laure", clin d'oeil à Bob Dylan, et la chanson "L'hôtel des insomnies", allusion déguisée à Elvis Presley, en sont les meilleurs exemples. L'album, bien produit, sonne comme les meilleurs disques d'Etienne Daho, avec cette autodérision qui caractérise Alain Chamfort: "Le grand retour", chanson à double-sens dont la mélodie renversante renoue avec les vrais tubes d'antan, ou "Sinatra", petit chef-d'oeuvre de name dropping, où il est question d'une rupture amoureuse à travers les goûts musicaux du couple séparé (lorsqu'il s'agit de récupérer les disques de chacun) . Musicalement, c'est varié, agréable, on passe du hit dansant "Les spécialistes" et son rythme techno, à la ballade gentiment désuète "La saison des pleurs". Enfin, des titres comme "Les amies de Mélanie" ou "Entre cafard et bourdon" montrent que Chamfort n'a pas perdu le goût des jeux de mots (lui qui travailla jadis avec Gainsbourg).
Quelques années après l'échec de ce disque, Alain Chamfort, incorrigible, accentuera la prise de risques en se lançant dans la biographie chantée d'Yves Saint-Laurent (l'album sera vendu en librairie sous la forme d'un livre disque). Mais si vous voulez découvrir ce grand mélodiste de la variété française, écoutez "Le plaisir", un album qui ressemble à un best of...