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Francois Bizot , John Le Carré
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Ce voyage en pays khmer, orchestré par un homme d'exception, l'ethnologue François Bizot, est un parcours quasi-initiatique. S'il fut prisonnier des révolutionnaires khmers rouges pendant trois mois en 1971, touchant du doigt l'atroce et l'innommable, Bizot fut aussi un interlocuteur privilégié de Douch, son tortionnaire cambodgien. Cet homme deviendra d'ailleurs l'un des plus terribles chefs de guerre du siècle. Trente ans après, à travers ce témoignage d'une sensibilité et d'une intelligence remarquables, l'auteur revient sur cette expérience traumatisante et met ainsi le doigt sur les paradoxes de l'être humain, sur les rapports ambigus entre victime et bourreau et sur la quête d'idéal, présente en chacun de nous et coupable des pires atrocités. Sa connaissance de l'Asie du Sud-Est et du bouddhisme fait de son ouvrage un document exemplaire, une véritable leçon de vie.

François Bizot est aussi l'auteur de deux autres ouvrages, consacrés à ses recherches en Asie Le Chemin de Lanka et La Guirlande de joyaux. --Marine Segalen

Quatrième de couverture

François Bizot, membre de l'École française d'Extrême-Orient, est fait prisonnier au Cambodge par les Khmers rouges, en 1971. Enchaîné il passe trois mois dans un camp de maquisards. Chaque jour, il est interrogé par l'un des plus grands bourreaux du vingtième siècle, futur responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts, aujourd'hui jugé pour crimes contre l'humanité : Douch. Au moment de la chute de Phnom Penh, en 1975, François Bizot est désigné par les Khmers rouges comme l'interprète du Comité de sécurité militaire de la ville chargé des étrangers auprès des autorités françaises. Il est le témoin privilégié d'une des grandes tragédies dont certains intellectuels français ont été les complices. Pour la première fois, François Bizot raconte sa détention. Grâce à une écriture splendide et à un retour tragique sur son passé, l'auteur nous fait pénétrer au coeur du pays khmer, tout en nous dévoilant les terribles contradictions qui - dans les forêts du Cambodge comme ailleurs - habitent l'homme depuis toujours.

Détails sur le produit

  • Poche: 439 pages
  • Editeur : Gallimard (31 janvier 2002)
  • Collection : Folio
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070417654
  • ISBN-13: 978-2070417650
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17 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Poésie Cruelle du vivant, 8 avril 2007
Par 
kiyoaki Disha "kiyoaki" (Lyon France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 500 COMMENTATEURS)   
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Portail (Broché)
« La terre était riche, belle, émaillée de rizières, piquetée de temples. C'était un pays d'élection pour une vie simple et paisible ». Telle est la première description du Cambodge que nous livre François Bizot, arrivé au pays Kherm en 1965. L'ethnologue venait y étudier le bouddhisme d'Asie du sud-est dont les temples d'Angkor constituent à la fois un mystère architectural et une splendeur dédiée à la vie spirituelle, aujourd'hui menacée par les trafiquants et pillards au service de l'avidité des touristes et des collectionneurs (1). Arrêté et enchaîné le 10 octobre 1971, interné 3 mois dans le camp d'Omleang, il sera l'un des 3 rares survivants de ce lieu de détention et de tortures, commandé par Douch, responsable de la mort de plusieurs milliers de personnes, actuellement jugé pour crime contre l'humanité, et auquel il doit pourtant la vie.
Trente années plus tard, il décrit avec mesure, et une précision souvent poétique, la chute de Phnom Penh en 1975, le jeu des regards et des comportements d'hommes et de femmes pris dans la tourmente pour laquelle ni vainqueurs ni vaincus n'étaient préparés, la dérision des prétentions et simulacres des organisations diplomatiques. Toujours, respectueux des différences culturelles « [...] parce que ce ne sont pas seulement les mots qui diffèrent d'une langue à l'autre, ce sont aussi les idées qu'ils traduisent, les façons de penser et de dire », il prend grand soin de dépeindre, au travers d'une écriture splendide mais sans emphase, les mécanismes de transformation brutale des êtres confrontés à des événements qui les dépassent, à l'idéologie comme religion, à la mort omniprésente. « Il est des expériences qui nous contraignent à tout réviser ».
Cité comme témoin à décharge au procès du professeur de mathématiques Douch, communiste engagé, du responsable consciencieux et instrument du génocide de son propre peuple, il décrit ces circonstances extrêmes où l'adaptation humaine se retourne comme un doigt de gant : « La mort était si proche que nous nous étions accoutumés à son haleine fétide, sa figure hideuse, et si familière que personne n'en supportait longtemps avec le même haut-le coeur, l'omniprésence aux quatre coins de notre camp : comme eux, comme Douch, comme l'homme sur la terre, j'avais secrètement apprivoisé l'épouvante ».
La position de l'auteur ne sera pas sans évoquer celle d'Annah Arendt vis-à-vis d'Eichman, et peut-être pouvons nous espérer en l'établissement d'un contrat philosophique pour une éthique de la joie (concrète et non mercantile) pour lutter contre la barbarie (2).

1. Les temples d'Angkor, National Geographic France, Aout 2000, vol. 3.2., N°11 : 84-111.
2. Misrahi, R., Martin, N., Un combat philosophique, LASTRENNE : Editions Le bord de l'eau, 2000, 190 pages
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12 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un livre exceptionnel, 11 février 2008
Par 
CHRISTIAN LEPAGE (Thonon-les-Bains France) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Portail (Poche)
Vous ne lirez pas 10 livres comme celui-ci dans votre vie. Dans une langue exceptionnelle, Bizot questionne le bourreau épris de justice qui sommeille en chacun d'entre nous. Singulier renversement des rôles dans ce dialogue d'un professeur de mathématiques cambodgien devenu bureaucrate de la mort pour que s'accomplisse la fin de l'histoire décrétée par un philosophe occidental, et d'un ethnographe-aventurier, amoureux érudit du bouddhisme khmer et d'un temps, d'un pays, d'une sagesse immémoriales. Chacun des deux risqua sa vie dans le moment de cette rencontre. Chacun vécut plus tard l'anéantissement de son illusion: le Cambodge immémorial disparut à jamais en même temps que l'utopie d'un ordre juste, tous deux noyés dans le même fleuve de sang. Bizot nous livre, en même temps qu'une méditation d'une rare profondeur sur la part du Mal qui nous est co-substantielle, un témoignage d'ethnologue sur les camps khmers rouges de la première heure, sur la chûte de Pnomh-Pen. Décidément, un très grand livre.
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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une subtile joute oratoire entre François Bizot et son bourreau, Douch !!!, 3 mai 2011
Par 
Unvola - Voir tous mes commentaires
(TOP 500 COMMENTATEURS)    (TESTEURS)   
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Portail (Poche)
François Bizot analyse, à travers une écriture littéraire d'une grande érudition, la manière dont il a été fait prisonnier en 1971, ainsi que ses terribles conditions de détention et les immondes exécutions auxquelles il a assisté.
Le responsable de sa détention n'est autre que le terrifiant criminel de masse, Douch, du tristement célèbre lycée de Tuol Sleng transformé en Centre de détention, d'interrogatoires, de tortures et d'exécutions : S-21 à Phnom Penh ; pendant le Génocide par les Khmers Rouges du Peuple Cambodgien, entre 1975 et 1979.

Durant son incarcération François Bizot suscite le dialogue chez son tortionnaire Douch, lui démontrant à travers une subtile argumentation : l'absurdité de son raisonnement et la barbarie engendrées par l'Idéologie, que les responsables Khmers Rouges (Pol Pot, Ta Mok, Von Veth...) lui font appliquer dans le cadre de sauvages exécutions.
Mais pour Douch (inébranlable dans ses convictions), tous les moyens de Terreur (essentiellement par la torture) sont "bons" pour imposer de manière incontournable l'Idéologie Totalitaire Communiste et faire ainsi avouer n'importe quoi à n'importe qui, avant d'exécuter ses victimes. François Bizot dépeint alors la lugubre personnalité de Douch, pages 184 et 185 :

"Dans la nuit, le feu vacilla. Une ombre sinistre dédoubla son visage. J'étais effrayé. Jamais je n'aurais cru que le professeur de mathématiques, le communiste engagé, le responsable consciencieux, puisse être en même temps l'homme de main qui cognait".

Car en effet, François Bizot décrit avec une extraordinaire intelligence : le contexte psychologique effroyable dans lequel se déroulait le monstrueux "rituel" des exécutions individuelles et collectives à coups de bâton, pages 116 117 :

"Le condamné était emmené en forêt, sans avoir jamais eu connaissance du jugement. Si d'instinct il flairait le péril imminent, la consigne était de lui répondre par des mots d'apaisement. Le lieu d'exécution n'était pas très éloigné, mais on n'entendait jamais rien : Thép affirmait que l'arme était un bêchoir ou un gros bâton.
C'était un principe général de cacher la vérité, mais, plus que de mensonge, il s'agissait ici d'un objectif moral : éviter le plus longtemps possible le spectacle affligeant de la panique. Les bourreaux mettaient leur point d'honneur à repousser au maximum le moment de honte où le condamné, pris d'un irrépressible affolement, se laisse aller à des sanglots pitoyables, à des spasmes pathétiques. Ils niaient l'évidence même lorsqu ils faisaient creuser sa fosse au malheureux. Il savaient aussi que, passé ces instants terribles, le sujet, pendant les secondes qui précèdent le choc fatal, se fige docilement. Dans les exécutions collectives, quand les prisonniers, côte à côte, attendent leur tour à genoux, déjà tout est joué. Le corps s'amollit, le cerveau se brouille, l'ouïe se perd. Les ordres sont alors criés ; il ne s'agit plus que de consignes pratiques : "Restez immobiles ! Penchez la tête ! Il est interdit de rentrer la nuque dans les épaules !".
Les Khmers rouges connaissaient instinctivement cette loi du fond des âges et l'utilisaient sans chercher à comprendre : l'homme s'occit plus facilement que l'animal. Est-ce un effet tragique de son développement intellectuel ? Combien de crimes auraient tourné court s'il avait pu mordre jusqu'au bout comme le chat ou le cochon !".

Je conclus cet essentiel témoignage de François Bizot, par ce magnifique paragraphe qu'il nous livre dans l'introduction de son ouvrage, portant sur sa profonde réflexion à propos de l'UTOPIE, page 27 :

"Je hais l'idée d'une aube nouvelle où les HOMO SAPIENS vivraient en harmonie, car l'espoir que cette utopie suscite a justifié les plus sanglantes exterminations de l'histoire.
Pourrons-nous jamais, d'un tel constat, tirer la leçon et nous en souvenir, effrayés, à chaque arrêt sur nous-mêmes ? Notre drame sur terre est que la vie, soumise à l'attraction du ciel, nous empêche de revenir sur nos erreurs de la veille, comme la marée sur le sable efface tout dans son reversement".

Confer également d'autres ouvrages aussi passionnants sur le même thème, de :
- Kèn Khun De la dictature des Khmers rouges à l'occupation vietnamienne ;
- François Bizot Le silence du bourreau ;
- Thierry Cruvellier Le maître des aveux ;
- Malay Phcar Une enfance en enfer : Cambodge, 17 avril 1975 - 8 mars 1980 ;
- François Ponchaud Cambodge année zéro ;
- Claire Ly Revenue de l'enfer : Quatre ans dans les camps des Khmers rouges ;
- Sam Rainsy Des racines dans la pierre ;
- Pin Yathay Tu vivras, mon fils ;
- Philip Short Pol Pot : Anatomie d'un cauchemar.
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