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15 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Losey américain : "noir pervers",
Par LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires (TOP 10 COMMENTATEURS) (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Rodeur (collection Classics Confidential, The art of noir, inclus Clandestine Grandeur, un livre écrit par Eddie Muller) (DVD)
La période américaine de Joseph Losey couvre à peine quatre ans (1948-51) et a donné lieu à la réalisation de cinq films, avant que, en butte à la chasse aux sorcières, il ne parte précipitamment pour l'Europe. Ses oeuvres de cette période, après avoir été beaucoup défendues par nombre de cinéphiles français (à commencer par Bertrand Tavernier, Pierre Rissient et les Mac-Mahoniens) sont aujourd'hui mal connues, car elles sont peu reprises en salles et ne sont dans l'ensemble pas disponibles en dvd, à part son beau premier film, la fable Le Garçon aux cheveux verts.C'est donc une excellente nouvelle que cette sortie en dvd de The Prowler / Le Rôdeur, l'avant-dernier film de sa période américaine, souvent présenté comme le meilleur d'entre eux. La Film Noir Foundation ayant présidé avec UCLA à la restauration ce film, qui n'existait plus que dans des copies calamiteuses, le résultat est d'excellente qualité. A l'occasion de cette sortie, Wild Side ouvre une sous-collection "Art of Noir" au sein de sa collection "Classics Confidential", qui présente le dvd d'un film classique assez rare accompagné d'un livret rédigé par un spécialiste et copieusement illustré. Double bonne nouvelle donc : un des meilleurs films de Losey, inédit dans ce format, est enfin largement visible dans un état quasi-parfait, avec un texte remarquable pour l'accompagner qui plus est ; il y aura d'autres films noirs dans cette collection d'ores et déjà précieuse (rappelons pour mémoire des titres aussi formidables que La Chevauchée Des Bannis d'André de Toth ou Menaces Dans la Nuit de John Berry, pour n'en citer que deux car les autres sont tout aussi passionnants). Losey, qui n'aimait pas particulièrement ses premiers films, a toutefois dit à plusieurs reprises qu'il avait de l'affection pour celui-là, même s'il ne pouvait pas tout à fait s'empêcher de le dénigrer. Il confie ainsi à Michel Ciment dans Le Livre de Losey : "Je pense que Le Rôdeur est un film très achevé. Il n'y a pas très longtemps que je l'ai revu, et j'ai eu l'impression d'un film qui n'a vraiment pas vieilli. On pourrait le sortir maintenant, et il marcherait aussi bien, sinon mieux. Mais il a une sorte de vernis hollywoodien que je n'aime pas et qui ne se trouve, je crois, dans aucun autre de mes films (...) Quand l'équipe, les acteurs, le scénariste et le réalisateur sont presque tous satisfaits les uns des autres et de ce qu'ils font, cela se voit toujours dans le film." Losey sentait bien qu'il avait un bon matériau, avait réussi à faire travailler comme il l'entendait ses collaborateurs techniques (à commencer par un chef-opérateur de grand métier, Arthur Miller - à noter que son assistant était Robert Aldrich) et à susciter le type d'interprétation qu'il souhaitait de ses acteurs Evelyn Keyes et Van Heflin. Peut-être même est-ce là ce qu'il appelle le "vernis hollywoodien". Car le scénario écrit par Dalton Trumbo, même pas mal adouci par la commission de censure, arrive parfaitement à faire passer ce qu'il souhaite faire passer grâce aux dialogues et aux sous-entendus, avant même l'apport du corps et des expressions des acteurs. Trumbo, qui avait déjà été mis en difficulté par la Commission des Activités anti-américaines et ne pouvait plus signer ses scénarios de son nom, avait ici un prête-nom. Il reprenait le couple d'amants criminels, qui lui avait déjà réussi dans le formidablissime Gun Crazy / Le Démon des armes de Joseph H. Lewis. Mais en décalant la façon de traiter les thèmes et les figures de ces films, qu'il s'agisse de "Gun Crazy" ou de Double Indemnity / Assurance sur la mort de Billy Wilder. En effet, ce qui frappe c'est la façon très singulière qu'a Trumbo, dans sa construction classique en trois actes - les deux premiers, si vous voulez les connaître à l'avance, se trouvent en grande partie dans le synopsis ci-dessus - de dessiner les motivations des personnages et de créer le malaise. Ce que James Ellroy, interrogé dans le supplément, résume en disant avec gourmandise que ce film est du pur "perv noir" (noir pervers)! Ces personnages ne ressemblent que peu aux autres couples du film noir : la femme est certes une femme au foyer insatisfaite, mais elle n'est pas ni ne devient une femme fatale ; l'homme est avant tout fasciné par le confort matériel et tout à sa volonté de monter dans l'échelle sociale, mais ses actions ne finissent pas par lui donner une dimension tragique ou mythique. Deux êtres un peu médiocres, deux personnages en quête d'un autre, qu'ils connaissent sans doute encore moins qu'ils se connaissent eux-mêmes. Certaines scènes peuvent avoir l'air d'être du remplissage ou un peu anodines, mais il n'en est rien. Le scénario de Trumbo est de la mécanique de précision, et joue parfaitement avec tout ce qu'il savait qu'il pouvait faire figurer dans son scénario. Ce qui n'est que suggéré par les situations ou le dialogue est admirablement incarné à l'écran tant la réalisation de Losey, de l'expressivité du cadre à la direction des acteurs, supplée là où Trumbo ne pouvait aller plus loin. Van Heflin, qui disait s'inspirer d'un animal pour chacun de ses rôles et avoir choisi la panthère pour celui-ci, tourne autour de sa proie avec une perversité douce du meilleur effet, tout autant qu'il passe son temps dans la première partie à faire le tour du propriétaire. Evelyn Keyes arrive à donner de l'épaisseur à son personnage, y compris dans les scènes les plus difficiles à négocier. Beaucoup de tension érotique entre ces deux-là, mais rarement forcée. Dans la dernière partie, assez invraisemblable mais d'une grande beauté, à mi-chemin qu'elle est entre réalisme et onirisme, ils sont tous deux remarquables d'intensité. Tous ces aspects, et bien d'autres encore, sont creusés par Eddie Muller dans le livret, fort bien conçu, et comme toujours parfaitement illustré. La 1ère partie est consacrée à la réalisation du film et à ses protagonistes, et revient sur le contexte de production mais aussi, en l'occurrence, politique. La 2ème partie propose une analyse du film, très réussie. Je vous conseille de ce fait, si vous souhaitez lire le livret avant de voir le film, de vous arrêter avant la 2ème partie. De loin un des meilleurs textes publiés dans cette collection, à ne surtout pas laisser de côté après votre vision du film. Philippe Garnier le traduit bien, comme à son habitude, à ceci près qu'il laisse échapper quelques anglicismes assez malvenus. Quant au master, il est donc de très bonne qualité. Comme souvent, le N&B manque un peu de contrastes et ne restitue pas parfaitement la photo, mais on ne peut se plaindre de la qualité d'ensemble de la copie présentée. VOSTF uniquement. En supplément, un documentaire de 24', qui reprend très largement les éléments présents dans le livret d'Eddie Muller. Normal, il en est un des intervenants principaux (et un des plus intéressants)! Vivement les prochains films de cette collection, et singulièrement de "Art of Noir", surtout si c'est Eddie Muller qui écrit tous les livrets (voir aussi son livre fameux, Dark City: The Lost World of Film Noir / Dark City, le monde perdu du film noir). Ils promettent Gun Crazy : il est plus que temps que ce film se trouve en dvd zone 2. Et si c'est dans cette collection et avec un tel accompagnement... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Toujours satisfait,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Rodeur (collection Classics Confidential, The art of noir, inclus Clandestine Grandeur, un livre écrit par Eddie Muller) (DVD)
Quelle belle collection - tous ces films oubliés et qui sont de petits chefs d'oeuvre.....Et le livre qui l'accompagne nous dévoile l'histoire, des photos du film et des anecdotes peu connues Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
9 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
image 1.33 anamorphique !!!,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Rodeur (collection Classics Confidential, The art of noir, inclus Clandestine Grandeur, un livre écrit par Eddie Muller) (DVD)
L'image 1.33 est au format anamorphique (16/9). 1/3 de résolution perdu pour rien....Pour un collector au prix collector c'est la honte... Sur le film rien à dire c'est un des meilleurs Losey. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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