Un film beau, beau beau, qui traduit toute la sensibilité et la pudeur de Luc Jacquet; l'auteur nous fait un récit autobiographique, avec un retour à l'enfance, afin de mêler curiosité et naïveté. Le choix d'un personnage féminin avec des choses simples (vêtements, cadre intemporel) doit aider le spectateur à écouter un conte...tout cela je l'entends en écoutant le making of de l'auteur.
Pour moi, c'est un film "yetti-esque": endroits brut de Nature, des paysages du Plateau du Retord très impressionnants et pourtant si proches; J'ai été si longtemps coureur des bois, ce qui m'a d'abord impressionné c'est la concentration des animaux (ours, loutre, belettes, loups,lynx...grâce au parc des Abbruzzes)à proximité et de jour, la beauté d'une Nature si préservée malgré quelques traces des hommes. J'ai pensé plus aux grands parcs américains qu'à notre Nature européenne habituellement si massacrée, délimitée et défigurée. L'auteur essaye d'initier le spectateur au rythme de la vie dans la Nature beaucoup plus lent, c'est vrai que le spectateur non initié peut s'ennuyer, cela peut faire tomber les scènes d'émotions. Le documentaire animalier mélangé au film est assez époustouflant.
Là le bas blesse, l'auteur s'est définitivement rangé du côté de la Nature, proche des animaux et il ne s'en rend pas forcement compte. Il pense être accessible au grand public par le choix de la petite fille Bertie; En fait, ses choix minimalistes, "économie de paroles", la volonté de ne pas faire sur-jouer les scènes, ou de ne pas accompagner la découverte de manière plus structurée et plus rythmée, fait que ce film n'est pas pour un tout public.
L'Homme a pris l'habitude dès sa petite enfance à mélanger la notion d'Amour avec celle de la Possession; L'auteur est pur et contemplatif dans ses intentions. Il veut léguer un testament de souvenirs qu'il ne veut que très peu adapter, déformer ou écorner. Le film pose la question de l'initiation à la Nature que les parents devraient donner à leur progéniture; Très difficile à priori tant les sollicitations de notre civilisation commerciale nous conditionne à la prochaine activité. Apprendre à écouter à voir...Même dans le monde paysan, ce film ramène plus à une proximité quotidienne de la vie forestière propre aux situations du passé. pas de bruit de moto de trial, pas de bruit de tronçonneuse ou de générateur gazole.
Un grand moment rafraichissant pour ceux qui sont sensibilisés à ce type d'émotions.