"Le Rouge est mis", Gilles Grangier, 1957, NB, bonne copie.
Les premières minutes du film sont un modèle du genre. Dans un silence presque palpable, Gabin, lunettes noires et casquette sur les yeux, attend au volant de la Traction. Frankeur donne le signal en soulevant son chapeau. Les deux convoyeurs matraqués, c'est Pepito, le Gitan, qui manque d'abattre une mère et ses gosses parce que l'un d'eux joue avec un sifflet, mais la voiture démarre sur les chapeaux de roues, et une note de trompette, longuement tenue (par Georges Jouvin !), vous déchire les entrailles et ouvre le générique... Scotchant ! J'en ai à chaque fois le frisson.
Pourtant s'il y a bien un film pour démythifier les gangsters, c'est bien celui-ci. Car ils en prennent plein la poire les durs, les caïds sous l'oeil de Le Breton, Audiard et Grangier.
Voyons un peu.
Un homme, ce Louis Bertain, dit "le Blond", (Jean Gabin), qui vit chez sa maman avec son petit frère, se fait encore calotter comme un gamin en culottes courtes, et place le produit de ses larcins dans des investissements de père de famille ?
Un homme, ce Fredo (Paul Frankeur), braqueur de banque capitaliste, truand boursicoteur, méticuleux, lâche, transpirant, et une "donneuse" pour finir ?
Et le Gitan Pepito, un homme, ce malade de la gâchette, cet excité du couteau, véritable machine à tuer (Lino Ventura, époustouflant !), perdant aux courses l'après-midi ce qu'il a volé dans le sang le matin ?
La galerie est complétée par quelques figures attachantes ! La garce intégrale (Annie Girardot, absolument parfaite !) tournant autour de son doigt ce ballot de Pierre Bertain (Marcel Bozzuffi). Hortense, la femme de Frédo, ancienne "michetonneuse" émérite devenue dame patronnesse, et jouée par Gaby Basset, la première femme de Gabin, pour qui il a trouvé un rôle dans la plupart de ces films des années 50, que ce soit comme bistrote, prostituée embourgeoisée, ou patronne de cabaret, bel exemple d'une forme de fidélité !
A noter encore que ce joli garçon au volant d'une américaine décapotable et que Gabin envoie sur les roses, n'est autre que le jeune Jean-Pierre Mocky...
Admirable film de gangsters, oui, et qu'on regarde chaque année avec le même plaisir, mais qui les remet à leur place, les caïds, car à voir comme ils vivent, aiment et meurent, qui fantasmerait encore sur le milieu et ses "mâles" ?