Ce n'est que le second travail d'Amélie Nothomb qui s'y révèle ici au meilleur de sa forme: "Le Sabotage amoureux" est son roman le plus original, son plus drôle et son mieux maîtrisé. Un roman comparable à "Sa Majesté des Mouches", de William Golding, en plus accessible et plus drôle et... avec des filles.
La morale de ce conte alléchant est celui-ci: le slogan 'Faites l'amour, pas la guerre' ne tient pas car il est beaucoup plus facile de taper sur les gens et de s'en faire haïr, que de les séduire et de s'en faire aimer; il est plus facile de se faire des ennemis que des amis, plus facile de torturer son prochain que de le bichonner. Et l'amour ne peut exister sans une bonne dose de guerre et de mépris réciproque. Une jeune fille de sept ans le découvre à ses dépens, à l'occasion d'une drôle de Troisième Guerre mondiale qui, dans le ghetto de San Li Tun, à Pékin (la laideur habitable incarnée, selon l'auteur qui sait de quoi elle parle), oppose des enfants de tous les pays. Une guerre que les adultes, pourtant des experts en la matière, ne sont pas capables d'assimiler.
Toute en phrases courtes, exactes, précises, bourrée d'anecdotes fulgurantes et de trouvailles de style délirants, ce petit livre souvent hilarant et rondement mené prouve que les romans les plus courts sont parfois les meilleurs.