Extrait
Extrait du préambule
Au musée du château de Salzbourg trônent dans une vitrine des objets liés aux tortures que l'on faisait subir aux infidèles et aux parias du temps de la splendeur des Habsbourg. Un de ces objets est un masque de fer représentant une tête de cochon. Ce masque était destiné à celles ou ceux qui enfreignaient les saintes lois de la fidélité conjugale. Porter un masque de cochon était une infamie qui ravalait l'homme au rang de l'animal, et quel animal ! Le porc... Vie de cochon, histoires cochonnes, sale comme un porc, cochon qui s'en dédit, etc., le cochon est symbole de salissure et de transgression. Peut-être parce que ce cousin du sanglier est élevé dans des conditions qui ne font pas honneur aux hommes. Peut-être aussi parce qu'en regardant vivre le cochon, l'homme éprouve une certaine jalousie à le voir libre. En l'insultant, on se juge soi-même.
Ce savoir-vivre répare l'infamie faite à l'animal au cours des siècles et montre que l'on peut, nous aussi, vivre libres et heureux, loin des obligations sociales d'une société toujours plus contraignante sous ses apparences libérales.
Comme chacun l'a remarqué, la politesse a toujours été enseignée par les bourgeois et les intellectuels au reste du monde. Ces braves gens décident qu'il ne faut pas péter à table, bâiller en parlant, roter et dire des gros mots. Grand bien leur fasse, mais depuis le temps qu'on nous gonfle les organes avec cette question de l'étiquette et du savoir-vivre ensemble, la vie devrait être radieuse. Or, ce n'est pas le cas : on nous aurait donc menti ?
Il ne faut de plus pas être un grand clerc pour se rendre compte que ces gens qui nous font passer pour des sauvages parce qu'on se récure le nez dans l'ascenseur sont les mêmes qui votent les lois répressives et liberticides, polluent la terre entière, affament le tiers-monde et font les pires crasses à leurs ennemis politiques. Mais ils savent se tenir à table, n'inversent pas leurs couverts et commettent leurs forfaits avec la classe qui sied à leur rang. Tout cela pour dire que le savoir-vivre ne doit pas être laissé aux mains des nobliaux décadents qui tentent désespérément de croire que le monde est encore sous la férule de nouveaux rois et de curés new âge.
On a cru un temps que les moralistes en tout genre avaient disparu de notre univers moderne avec leurs censures et leurs ciseaux à couper les couilles des jouisseurs. On allait faire la fête, il n'y aurait pas un corbeau du Vatican pour nous rappeler que l'on se barrait la route du paradis en forniquant à tout-va, la gueule dans des cons mal lavés et le cul ouvert à l'inconnu. C'était mal connaître la nature humaine, c'était ignorer que toujours le profane remplace le sacré avec la rectitude du passe-lacet. Là où il y avait royauté de droit divin, il y a République des tout-puissants, là où il y avait Roi, il y a des hyper-présidents plus absolutistes encore et là ou il y avait menaces d'enfer, il y a maladies, cancers, Sida et morale laïque. Jadis, vous ne baisiez pas votre voisine par crainte de la confession, aujourd'hui, vous ne la baisez pas par peur des chlamydias et du regard en coin des féministes qui vous condamnent pour abus de pouvoir. Les religions diabolisaient le plaisir ; les médecins, les juristes, les politiques et les gauchistes en font autant. Avant, on ne bouffait pas par offrande au Seigneur, aujourd'hui, on ne bouffe pas pour garder la ligne et ne pas chopper de cholestérol. On s'est fait entuber lentement mais sûrement. Cet ouvrage se propose de réagir à ces nouvelles normes aussi laïcardes que tristouilles.
Biographie de l'auteur
Etienne Liebig, à travers plusieurs ouvrages libertaires, érotiques ou provocateurs tels que Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle, La vie sexuelle de Blanche Neige, Les ados sont insupportables ou Le parfum de la chatte en noir) s est fait le chantre d un humour vachard et sans concession pour ses contemporains. Avec lui, le sexe n est jamais triste mais toujours teinté de joyeuses transgressions et de références culturelles. Il participe aussi à plusieurs publications (Siné Hebdo, la Mèche, Psikopat, Causette, Lien social). Il est également chroniqueur à RMC dans l émission des Grandes Gueules.