C'est à une envoûtante quête des origines, à une initiation des plus exigeantes sur les chemins de traverse de la plus longue mémoire - la plus rebelle de toutes aussi - que nous convie Christopher Gérard avec ce premier roman très réussi.
Comme le souligne l'un des personnages du livre en présentant Padraig à ses compagnons : « Nombre d'Européens pensent comme lui, ne se reconnaissent plus dans cet Occident matérialiste qui coupe la personne de ses ancêtres et de ses descendants pour le laisser seul face à l'état tentaculaire et aux désirs les plus vils ».
Par son propos comme par sa construction narrative, « Le songe d'Empédocle » est de toute évidence un roman initiatique. Mais c'est aussi une somme historique et un bréviaire théologal où s'entrecroisent tout naturellement, comme dans un parfait entrelacs, Pallas Athéna, Cernunnos et Mythra ; la « Chanson de Roland » et « L'Oeuvre au noir » ; l'Odyssée et le Mahabharata ; les brahmanes, les druides, les vestales et les dieux ; Frédéric II « semper Augustus » et Michel-Ange ; les Hymnes delphiques et la Chasse sauvage... C'est donc surtout, au-delà de la quête, un manifeste de résistance contre le Règne de l'Unique qui conduit, inéluctablement, à celui de l'indifférencié, de la marchandise, de la Quantité.
« Le songe d'Empédocle » constitue donc l'une des lectures les plus utiles, les plus rafraîchissantes et surtout les plus fécondes du moment. Car c'est ainsi, aussi, que sur le tronc de la vieille Europe, repoussent toujours des rameaux verts...