Ou quand Douglas Sirk introduit son génie du mélo dans le cadre de la guerre, plus précisément la fin de la seconde guerre mondiale, avec l'enténébrement d'une nation - la sienne, cette Allemagne devenue folle et à bout de souffle.
Alors qu'il revient dans sa ville natale pour une permission de trois semaines, Ernst Graeber, jeune soldat allemand envoyé sur le front russe, rencontre Elisabeth Kruse, dont il tombe amoureux. Il faut se dépêcher de vivre, car trois semaines de perm, c'est "21 jours de vie avant le retour à la mort", et chaque jour est donc comme 1/21eme de toute une vie. La plus grande partie du film se passe pendant ces quelques jours, ce sera donc littéralement "le temps d'aimer" avant "le temps de mourir", ce qui confère une surintensité de chaque seconde.
Même quand il filme la guerre, Sirk est géant. Il décrit par petits détails cette Allemagne qui a perdu son âme, mais quelques lueurs d'espoir continuent d'étinceler dans la nuit comme des petites lucioles. S'y déploient aussi des réflexions diverses, sur l'autorité, la nation, l'obéissance, l'existence de Dieu, l'amour dans un monde qui s'écroule, l'absurdité de l'existence quant tout part dans les égouts.
On s'arrête, parfois, sur les petites idées géniales typiquement sirkiennes, comme le piano désaccordé comme symbole de la fin d'une idéologie mortifère. Pas de hasard : le chef de district nazi était le plus mauvais à l'école ; le IIIe Reich permet aux médiocres de prendre leur revanche sur la vie et donc sur les autres : la barbarie comme ascenseur social. Le héros idéaliste, lui, meurt justement pour son idéalisme "naïf", mais a trouvé le temps d'enfanter... et, à coup sûr, ce sera l'enfant de l'espoir.
Imbattable.