James réussit le tour de force d'accaparer toute notre attention dans ce court roman mené tambour battant, bien que lui-même ne l'ait jamais considéré que comme mineur dans toute sa production. Si nous connaissons le dénouement, nous ne pourrons cependant jamais dire de façon sûre ce qui l'y a conduit. Et donc, nous sommes constamment ramenés ,malgré nous, et somme toute avec quelque frustration, à nos hypothèses qui peuvent, toutes contradictoires qu'elles soient, s'appuyer sur des éléments précis du texte : sommes-nous dans le merveilleux pur et simple où tout est permis ? La gouvernante est-elle sujette à des hallucinations qui la tourmentent au point de persécuter malgré elle les enfants dont elle a la charge ? Les enfants ont-ils assisté (oui, mais comment auraient-ils vécu cette possibilité ?) aux scènes où Quint et Miss Jessel apparaissent à la gouvernante ? Mystère ! Ce roman appartient au fantastique au sens où Todorov définit ce terme, en ce qu'il oscille constamment entre l'étrange et le pur féérique. Toute question de genre mise à part, c'est un grand texte, très réussi, avec des personnages plausibles et bien campés, sous-tendu par un art de la narration de très haut niveau.