SYNOPSIS : Nous sommes en mai 1940. Durant le plus beau printemps que la France ait connu depuis un demi siècle et l'allemagne commence à envahir l'Europe.
Julien Maroyeur, réparateur de radio dans un village du nord de la France, échappe à la résignation générale... Après quarante ans d'une vie terne, il fuit avec sa femme Monique qui est enceinte et leur fillette. Dans le train de l'exode, ils sont séparés. Alors que les femmes et les vieillards ont droit aux voitures de voyageurs, les hommes sont parqués dans des wagons à bestiaux... Là, il fait la connaissance de quelques individus mesquins, râleurs ou sympathiques, rendus veules par la peur. Le lendemain, au réveil, Julien s'aperçoit que le train a été coupé en deux... sa femme a disparu. Une nuit, dans son wagon, Julien recueille Anna, une jeune allemande juive en fuite. Très vite, il se sent attiré par sa grâce et sa beauté... Promiscuité aidant ils se possèdent l'un l'autre sans mesure et s'aiment passionnément comme ceux qui savent leur amour impossible et condamné dans le temps.
Le train traverse un pays déchiré. A la Rochelle, terme du voyage, Julien apprend que sa femme se trouve non loin, dans une clinique où elle a accouché. Juste le temps de goûter les plages des dernières vacances, de s'aimer face au bleu du ciel et de la mer confondus... et le destin sépare Julien et anna.
Trois ans s'écoulent. Julien a retrouvé les siens, son village et sa vie tranquille. Elle, disparaît... ombre parmi les ombres de la résistance.
Et puis, un jour de l'hiver 1943, la gestapo demande à Julien de reconnaitre et d'identifier Anna, puis d'expliquer la nature de ses rapports avec elle...
L'originalité profonde du livre de Georges Simenon (subtile variation sur le thème de l'amour impossible) réside dans le fait qu'ayant découvert la puissance de la passion, grâce au désordre de la guerre, le héros voit cette passion s'évanouir une fois l'ordre social rétabli. Sa vague conviction de vivre dans un univers trop grand, trop fort et trop complexe pour lui (sa myopie étant bien sûr symbolique) refaisait de lui l'indifférent soumis qu'il était auparavant... il ne "reconnaissait" pas Anna.
En revanche, dans cette adaptation de 1973 signée Pierre Granier-Deferre, la conclusion positive voulue par Pascal Jardin et le réalisateur range les deux héros dans la catégorie sans surprise des amants maudits, mais grandis par leur passion. De fait, disparaît la liaison "politique" entre la vie individuelle et la vie collective condamné par la défense de l'ordre moral. La fin, sonne alors comme un véritable contresens justifié par la beauté du sacrifice de l'amant...