Justin Calmar rentre en train de Venise à Paris via la Suisse au mois d'août en laissant sa femme et ses deux enfants sur place car il doit reprendre son travail d'employer dans une entreprise spécialisée dans des objets en plastic, il rencontre dans son compartiment un homme dont on ne saura rien -si ce n'est qu'il est déjà dans le train en provenance de Belgrade et de Trieste- car c'est Justin qui répond à toutes ses questions-inquisitions, qui lui déroule toute sa vie avec une facilité déconcertante Et cet homme apparemment le considère digne de confiance lorsqu'il lui demande de lui rendre un petit service, de prendre une mallette déposée dans un casier de la consigne de la gare de Lausanne -car lui doit prendre un avion à Genève et n'a pas le temps de s'arrêter- et de l'amener à une femme logeant à la rue de Bugnon, Justin accepte, l'homme disparaît dans un tunnel quelques temps plus tard, il va prendre quand même la mallette, il se rend à l'adresse désignée, trouve la femme qui est morte apparemment assassinée... bref il rentre à Paris, ouvre la mallette !!! Et à cause du contenu de cette serviette sa vie va en être complétement chamboulée -c'est la partie la plus longue de ce court roman- ; on va le suivre dans ses questionnements, ses angoisses, son introspection -il revient sur son passé-, la pression devient de plus-en-plus intolérable jusqu'au drame final. Toujours avec son écriture laconique, avec son style non-style cru et direct, Simenon nous permet de suivre les méandres moraux et les conflits de cet homme ordinaire pour ne pas dire médiocre dans son quotidien qui à cause de ce fait incongru a perdu toute sa sérénité. C'est passionnant.
"-Je suis un homme honnête ! (dit Justin)
Il l'avait toujours été. Il avait toujours fait de son mieux. Il s'était toujours sacrifié pour les autres, comme il venait encore de le faire en passant les vacances sur une plage qu'il avait pourtant détestée dès le premier jour." p44
"Est-ce que Calmar était heureux ? Pas seulement depuis Venise et cette ridicule affaire du train ! Il ne se posait pas la question, voilà tout, ou rarement, ou il s'empressait de penser à autre chose, aux mille soucis de la vie en famille et de la vue au bureau." p173