L'HISTOIRE DU FILM : Marseille, 1919. Georges Sarret (Michel Piccoli), un avocat conseil et sa maîtresse Philomène (Romy Schneider) une allemande, se livrent à des escroqueries sur l'assurance-vie, aidés par Catherine, la jeune soeur de Philomène. Ils n'hésitent pas à aller jusqu'au crime pour supprimer des témoins trop gênants...
Il faut avoir vu Romy Schneider enterrant des cadavres, le visage caché par un masque à gaz, pour y croire... et se rendre compte qu'il s'agit de la même femme qui assurait le bonheur de Piccoli dans "Les choses de la vie"... Cette scène digne d'un film d'épouvante constitue pourtant, l'un des grands moments du "Trio infernal" de Francis Girod, tourné en 1974...
Dans cette farce macabre, l'humour noir est omniprésent, notamment dans la fameuse scène (plus comique qu'effrayante) de la baignoire emplie d'acide sulfurique, destinée à dissoudre le corps d'Andréa Ferréol... un grand moment de cinéma !
Romy incarne une femme pervertie par son amant qui fait d'elle une véritable bouchère... Prenant visiblement plaisir à casser son image habituelle, la comédienne y est tour à tour sexy, en petite combinaison qui dévoile ses charmes, vulgaire avec sa perruque blonde et son maquillage outrancier, mais également sublime dans ses robes années 20 et ses chapeaux cloches... un savant dosage de multiplicité des genres...
La critique sociale est séduisante, mais à peine esquissée. Le héros Sarret, médaillé de la Grande Guerre, est en fait un avocat qui pratique l'escroquerie aux assurances sur la vie avant de devenir directement assassin. Ce qui ne l'empêche pas de se présenter comme candidat aux élections législatives de la IIIe République. Non seulement sa malhonnêteté rejaillit sur tous les fantoches de l'ordre républicain ainsi présentés, mais son appartenance au rang de notable rend inconcevable sa culpabilité. Il traverse donc l'existence en toute impunité...
Certes, un tel parti-pris de froideur et un tel refus de pudeur suggestive au profit d'un naturalisme scrupuleux ne vont pas sans danger : on se demande en effet si ce refus apparent de la complaisance ne devient pas finalement complaisant lui-même. Le réalisateur souligne à plaisir la monstruosité presque naturelle de cette Sainte-Trinité de la fraude et du crime, dont Dieu le père serait Piccoli, tout comme certaines corrélations évidentes entre le plaisir sexuel et la mort; à l'issue de la procession des seaux et des louches remplis des résidus de corps décomposés, Philomène démontrera son entière dévotion à Sarret par une fellation qui demeure la seule chose suggérée dans ce film si peu elliptique. La vulgarité consommée et dénoncée de leur comportement souligne leur appétit criminel avec une insistance significative.
Romy Schneider était séduite par son rôle parce-qu'il était ironique et sarcastique, mais elle n'avait évidemment rien de commun avec son personnage. Repoussant la normalité, elle recherchait toujours la démesure et le hors-norme... Elle disait :
"Il y a bien sûr dans "Le trio infernal" des scènes qui peuvent choquer le grand public, mais c'est avec ma tête et non avec mon corps que je crée quelque chose, sinon, je ne pourrais pas jouer de rôle comme celui-ci... C'est vraiment difficile ce qui se fait là. pour la première fois, je dois jouer une scène de masturbation au cinéma... Finalement, j'ai été élevée avec les mêmes préjugés que toutes les jeunes filles de ma génération. Je dois donc me débarrasser d'autant d'inhibitions que les autres..."