Louis Malle nous a habitués à des chefs-d'oeuvre et ce film ne fait pas exception, offrant à Belmondo un de ses meilleurs rôles. J'adore "Bébel" dans son personnage habituel de cascadeur-bonimenteur, mais ici il se montre tout aussi bon dans un rôle totalement différent de jeune bourgeois qui devient voleur pour se venger de son oncle qui l'a dépouillé de sa fortune et continue par plaisir.
Le film est extraordinairement corrosif et offre une galerie de portraits croustillants mis en valeur par des comédiens remarquables. Il y a les grands bourgeois, montrés encore plus noirs que dans les films de Chabrol ou les chansons de Brel: l'oncle de Belmondo, pingre, cynique, méchant, malhonnête, sournois ainsi que l'industriel belge, mélange de beauf ridicule avec sa mégère et son bonnet de nuit et de capitaliste sans scrupules. Et ces descriptions ne sont finalement pas si caricaturales, quand on voit de nos jours les thèses développées par certains journalistes ou chroniqueurs se présentant comme "réformateurs" ou "libéraux"...
On trouve aussi le politicien d'extrême-droite incarné par Jacques Debary, le prêtre-voleur extraordinairement composé par Julien Guiomar (le film ne lève pas l'ambiguité: est-ce ou non un vrai prêtre?), les voleurs sympathiques que sont Paul Le Person et sa soeur Brouissaille (Marlène Jobert), l'aventurière prête à tout bien campée par Marie Dubois, le voleur évadé du bagne qui s'est converti à l'anarchie (Charles Denner) et bien sûr la cousine du héros, la charmante Geneviève Bujold, dont la fidélité à Belmondo ne faillira pas.
Même les petits rôles ont été bien choisis, par exemple Bernadette Lafont en femme de chambre volage.
Belmondo compose un personnage fascinant de voleur solitaire sympathique bien qu'ouvertement cynique, cynisme qui l'empêche de verser dans l'anarchie car "détruire la propriété privée serait scier la branche sur laquelle il est assis".
Bref, "le voleur" est vraiment un film indispensable dans toute DVD-thèque qui se respecte.