A la fin du mois d'août 1939, Vincent Degraël, jeune professeur de lettres découvre, chez les parents d'un de ses collègues, Denis Borrade, un petit livre, Le Voyage d'hiver, publié à Valenciennes en 1864, par un Hugo Vernier. Stupéfait et admiratif Degraël se rend à l'évidence : Hugo Vernier poète aussi génial que méconnu, a plagié par anticipation pratiquement tous les plus grands noms de la poésie du XIXe siècle, de Richepin à Rimbaud, de Verlaine à Cros ou Banville.
Denis et Vincent analysent systématiquement Le Voyage d'hiver et constatent qu'il contient plus de trois cent cinquante fragments que l'on retrouve chez une trentaine d'auteurs dans des publications postérieures à 1864.
Après la guerre, passée en Angleterre, Vincent Degraël n'aura de cesse de retrouver les traces de Hugo Vernier et de son livre. En vain, ou presque, puisque tous les exemplaires du dépôt légal ont disparu pour des raisons diverses. Celui de la Bibliothèque nationale, pourtant dûment référencé, a été envoyé chez un relieur qui ne l'a jamais reçu ! L'exemplaire des Borrade semble avoir été détruit lors du bombardement de la villa de ces derniers.
Degraël mourra trente ans plus tard dans un hôpital psychiatrique. Seule indication positive mais impossible à vérifier, un cahier de recherche tenu par Degraël indique que Hugo Vernier est né à Vimy, dans le Pas-de-Calais, le 3 septembre 1836.