Non seulement « Le Voyeur » est un classique, mais c'est aussi ce qu'on appelle un « film culte ». Pour plusieurs raisons, dont les trois suivantes : d'abord c'est un pur chef d'oeuvre, ensuite c'est le dernier film de Michael Powell, et enfin, c'est un des films les plus traumatisant jamais réalisé.
Michael Powell était un esthète de la mise en scène. Beaucoup de cinéastes contemporains lui vouent un culte sans limite, pour l'audace dont il faisait preuve, la maîtrise parfaite de son art, l'originalité de ses histoires. Il a réalisé des grands films dramatiques, très porté sur le mélo, le lyrique flamboyant, comme « Les Chaussons rouges » où le « Narcisse Noir ». Il travaillait en duo avec Emeric Pressburger, écrivant, réalisant et produisant, un peu à la manière des frères Coen aujourd'hui.
« Le Voyeur » n'est pas simple à résumer, si on ne veut pas déflorer l'histoire. Sachez qu'il s'agit d'un jeune homme, maladivement timide, étudiant en cinéma, et qui a mis au point une technique très particulière pour filmer le sentiment de terreur. Sa logeuse, une jeune femme intriguée par les secrets de son locataire, va tenter dans savoir plus... Ce serait idiot de ma part de vous en dire plus, il faut découvrir ce film, ce scénario hallucinant, d'une perversion rarement égalée au cinéma. Tourné en 1960, « Le Voyeur » choqua tellement, que Powell dût arrêter de tourner des films. Plus on découvre le héros, son univers, son enfance, plus le film devient traumatisant, étouffant. Le personnage nous effraie autant qu'il nous émeut, les sentiments qu'il nous inspire sont multiples et contradictoires. La spirale psychotique se referme sur nous, nous devenons voyeur à notre tour.
Ce film, comme les autres de Powell, bénéficie d'une mise en scène tout bonnement extraordinaire, avec un travail sur les couleurs exceptionnel, des cadrages au millimètres, des mouvements d'appareil très calculés. Les films de Powell sont comme ceux de Kubrick ou Hitchcock, ils sont reconnaissables dès la première image. « Le Voyeur » développe des thèmes évidement chers à tous cinéastes (comment filmer la vérité des sentiments, le voyeurisme des images, le conflit réel/fiction dans la manière de filmer la vie). Ce film est aussi le portrait d'un psychopathe particulièrement redoutable, une victime avant d'être bourreau, doublé d'une enquête policière d'autant plus passionnante, car (à la manière d'un épisode de Coumbo », le spectateur à toujours plus de cartes en main que les inspecteurs du film.
« Le Voyeur » est un film exceptionnel, par son thème, sa mise en scène, par la personnalité de son auteur, c'est un film unique en son genre, un ovni, qui reste 50 ans plus tard, une référence, un modèle, et dont la perversité ne s'est pas émoussée d'un fil (de rasoir !). Ames sensibles, s'abstenir...