"Longtemps, Morandi a peint des sortes de frises d'objets juxtaposés (cinq, six objets, plus même quelquefois) ; avec les années leur nombre a diminué, la composition s'est concentrée de plus en plus, se faisant de plus en plus persuasive ; comme si les premières toiles étaient déjà trop peuplées, ou parlaient trop (un comble!) ; comme s'il y avait encore pour l'esprit trop de dispertion.Maintenant, au contraire, c'est comme si le voyageur, après avoir lontemps marché dans les sables, avait ateint le puits; le puits qui est appelé dans l'ancien testament le "puits du vivant qui voit"; et qu'il n'y eût plus de raison de faire au-delà le moindre pas." p 58
"Ce bol presque blanc, voisinant avec une boîte, un vase, une bouteille: ne le dirait-on pas mieux fait qu'aucun autre pour que le pélerin l'emporte dans ces bagages et y recueille, à l'étape du "puits du vivant qui voit", de quoi se désaltérer ? Même, ou surtout, le pélerin immobile, celui qui a fini par ne se déplacer plus qu'en pensée, si ses pieds ne le portent plus ? p 82
"Il y a là quelquefois des couleurs particulièrement austères, hivernales, de bois et de neige, qui vous font prononcer derechef le beau mot de "patience" /.../ La patience qui signifie avoir vécu, avoir peiné, avoir "tenu": avec modestie, endurance, mais sans révolte, ni indifférence, ni désespoir; comme si, de cette patience, on attendait tout de même un enrichissement; à croire qu'elle permettrait de s'imprégner sourdement de la seule lumière qui compte." p 57
"Comme si le peintre avait très patiemment frayé un passage à la lumière la plus apaisante qu'aucun de nous ait jamais espéré entrevoir" p 77